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En exergue :

  • Frank Ramsey, "Truth and Probability" (1926)
    The highest ideal would be always to have a true opinion and be certain of it; but this ideal is more suited to God than to man.
  • Jules Bertaut, "1848 et la Seconde République" (1937)
    L'enthousiasme est pour rien chez nous : aussi les Français, peuple avare par excellence, le répandent-ils avec une générosité qui n'a d''egale que leur versatilité.
  • Turgot, lettre à Du Pont (1773)
    C’est au public lisant et réfléchissant qu’il faut parler, c’est à lui qu’il faut plaire, lui et lui seul qu’il faut persuader ; toutes les flagorneries aux gens en place, tous les petits détours dont en s’enveloppe pour ne pas les choquer sont une perte de temps écartant du vrai but et ne réussissant même pas à faire sur eux l’impression qu’on s’est proposée.

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Commentaires

J

Le prix du mort varie aussi fortement en fonction du contexte du juridique. Ainsi pour les compagnie aériennes et leurs assureur, il vaut des dizaines de milliers d'euros s'il est africain, des centaines s'il est européens, des millions s'il est américain (les différences étant essentiellement dus à la propension de ces différents groupes à attaques les compagnies pour obtenir des dommages).

Bernard Salanie

Bien sûr. Il ne s'agit plus là de valeur sociale, mais d'une négociation entre deux parties, où certains sont bien armés et d'autres non---ce qui n'a évidemment rien de moral. Les tribunaux, qui se préoccupent plus de justice, tiennent compte des revenus futurs du défunt dont ses proches ne bénéficieront pas---mais pas, semble-t-il, du bénéfice que leur procure la jouissance anticipée d'un héritage. La justice est biaisée en faveur des plus riches, ce n'est pas un scoop, ni même subversif :

"The appropriation of herds and flocks which introduced an inequality of fortune, was that which first gave rise to regular government. Till there be property there can be no government, the very end of which is to secure the wealth, and to defend the rich from the poor."

(Notes from the Lectures on Justice, Police, Revenue, and Arms delivered in the University of Glasgow by Adam Smith, Professor of Moral Philosophy, I).

Bof

Les théories que vous exposez supposent que les risques auxquels est exposé celui qui pratique une activité professionnelle donnée soit connus.

Vous ignorez donc le fait qu'il existe une stratégie dans laquelle les employeurs, l'état, et les systèmes de santé sont gagnants contre les travailleurs dans ce domaine qui consiste à censurer les informations relatives au risque sanitaire, comme le démontrent à mleur manière l'histoire des travailleurs exposés à l'amiante, l'affaire du sang contaminé et l'hormone de croissance pour ne parler que de ce qui me vient immédiatement à l'esprit.

http://corinnelepage.hautetfort.com/archive/2005/09/06/ogm-info-intox-desinformation.html

D'ailleurs, l'importance économique d'éviter une correcte information du consommateur semble bien comprise des acteurs conscients des intérets en jeu et connaisseurs des théories économiques applicables :

http://www.agrisalon.com/06-actu/article-15639.php

On notera qu'en l'absence d'information, l'intérêt du citoyen est de refuser de porter attention à toute proposition nouvelle, car non-évaluée et sans garantie de non-nocivité, et donc, sans possibilité de déterminer correctement gains et pertes.

Bernard Salanie

La théorie s'étend simplement au cas où les scientifiques (supposés impartiaux) ne parviennent pas à cerner parfaitement les risques. Si le consensus scientifique 1) existe 2) peut être résumé par une distribution de pertes (par exemple : "10% de risque de décès, 20% de risque de perdre un doigt"), alors chacun, en ce qui concerne la valeur privée, ou nos dirigeants en ce qui concerne la valeur sociale, peut procéder à sa propre évaluation du risque. Bien sûr, 1) et 2) ne sont pas toujours atteignables ; et 3) des intérêts divers cherchent à sous-estimer les risques (les pollueurs, les politiciens pris en faute), ou à les surestimer (les entreprises de nettoyage ou de recyclage, d'autres politiciens qui ont choisi cette niche, les médecins qui veulent plus de sous...).

Mais ce n'est pas fondamentalement différent du problème que rencontrent chaque jour les épargnants auxquels leur banque propose d'acheter une action de Trucmuche SA en leur vantant les performances attendues... 1) et 2) ne tiennent pas, et 3) est ou devrait être une préoccupation majeure de l'acheteur. L'ampleur des risques n'est pas la même, bien sûr, mais les données sont de même nature.

Que faire donc, dirait Oulianov ? Votre conclusion est "en l'absence d'information, l'intérêt du citoyen est de refuser de porter attention à toute proposition nouvelle, car non-évaluée et sans garantie de non-nocivité, et donc, sans possibilité de déterminer correctement gains et pertes." Bigre ! Je suppose donc que vous n'utilisez pas de téléphone portable, par exemple---il paraît qu'ils rayonnent, et c'est même peut-être vrai :-)

guerby

Pour votre exemple de Trucmuche SA, le marché des produits dérivés sur Trucmuche SA (quand il existe :) donne 1 = oui (1973), 2 = lisible en temps reel (fonction simple des prix), et 3 = le marche donne les prix achat et vente en temps reel, donc representant un equilibre. Ce marché vous permets de controler vos risques relativement precisemment, mais bien sur pas vos gains :).

Laurent

Bernard Salanie

Il y a effectivement une différence. Dans le cas de l'action Trucmuche SA, je peux acheter une option de vente, s'il en existe. J'explique : une option de vente à prix d'exercice K me donne le droit de vendre l'action au prix K à tout moment (pour simplifier). Si l'action Trucmuche chute trop, je peux "exercer" mon option et la revendre au prix K. Cela limite mes pertes, au prix bien sûr de l'achat de l'option---toute stratégie de couverture a son coût. Dans le cas du téléphone portable, je peux m'assurer contre un risque sanitaire (la Sécu me couvre d'ailleurs, si bien que le prix de la couverture additionnelle est nulle), mais rien ni personne ne remplacera mon cerveau endommagé par les rayons. Ceci dit, le petit épargnant moyen se voit rarement proposer des actifs dérivés, à ma connaissance... le Crédit Lyonnais a été lourdement condamné pour avoir poussé un de ses clients à jouer sur les marchés à terme ; cela ne devrait pas encourager les autres banques.

Bof

Je faisais simplement remarquer que ceteris paribus utiliser un téléphone portable est un comportement irrationnel pour un économiste (mais qu'il est, par contre, il est tout à fait rationnel d'employer un secrétaire utilisant le téléphone portable à sa place)

Bernard Salanie

Je ne comprends toujours pas pourquoi utiliser un téléphone portable est un comportement irrationnel pour un économiste. Ce faisant, je prends un risque que je ne sais pas bien mesurer ; mais j'en ai une évaluation subjective que je serais bien en peine de décrire précisement, mais qui est apparemment moins pessimiste que la votre. Ou je suis moins averse au risque que vous. Refuser de prendre un risque parce qu'on ne peut pas exclure la possibilité qu'il ait une conséquence mortelle, c'est la définition d'une aversion au risque (ou à l'ambiguïté, si on veut) infinie. Je ne connais personne qui se conduit selon ces principes. Je vais d'ailleurs sortir dans la rue dans une minute, bien que je sois à peu près sûr (sans pouvoir aucunement le chiffrer) que mon risque d'être tué par la chute d'un météorite soit plus élevé dans la rue que dans mon bureau. Souhaitez-moi bonne chance...

Bof

Dans ce cas, une question : avez-vous intégré dans vos choix le risque qu'ils font courir à ceux qui vous sont chers dans votre entourage ?

Econoclaste-SM

Désolé, j'ai pas le temps de lire maintenant le texte sur les accidents du travail. Mais, comme vous parlez de libéralisme, je me permets de citer le bouquin de Philippe Askenazy, qu'il me semble vous n'aviez pas lu il y a quelques temps. Il y a des choses vraiment très intéressantes dedans concernant la place respective du marché et des institutions dans la régulation de la santé au travail.
http://econo.free.fr/scripts/notes2.php3?codenote=127

Principe de précaution appliqué : "Désolé si je suis HS sur ce coup..."

Bernard Salanie

Bof : si j'ai des êtres chers, j'internalise les externalités négatives que je leur inflige. En revanche, si mon téléphone portable risque de donner un cancer à mon voisin avec qui j'ai un litige, je n'en tiendrai pas compte (c'est peut-être même un plus !). Il en résulte une différence entre mon évaluation des risques et celle que la société voudrait que j'adopte ; mais je ne vois pas en quoi cela rend le calcul rationnel impossible.


E-SM : Je vais lire Askenazy, c'est promis.

Bof

Concernant votre commentaire de l'ouvrage d'Askenazy (et notamment, la fin), il me semble bien naturel que les grandes centrales refusent tout débat (au niveau centralisé). En effet, rien n'interdit aux grandes centrales, plutôt que de devoir se doter d'experts en tout un tas de choses relatives au travail, de plutôt chercher à promouvoir une stratégie d'indemnisation maximale de l'accident (ou du risque, mais, traidtionnellement, le patronat est contre le fait d'accorder quelque acquis que ce soit à ceux qui le servent, mais imagine que l'accident n'arrive qu'aux autres ou aux concurrents pas sérieux).

Gus

On pourrait effectivement débattre de la définition de ce que peut être un "comportement irrationnel pour un économiste" pour reprendre la formulation que j'employais. Dans mon esprit du moins, j'associais la notion d'irrationnalité à la qualité de l'individu (un économiste), postulant, peut-être hâtivement, qu'un économiste considérait la science économique comme susceptible de founir quelques éléments pour éclairer les choix personnels que chacun fait dans son vécu, et en l'occurence, dans le choix d'acquérir et donc porter un téléphone portable (l'exemple, ici, était le vôtre : j'aurais préféré prendre l'exemple d'une transfusion sanguine ou d'une vaccination). Je me référais donc, parmi les différentes définitions possibles, à l'acrasia (intempérance) d'aristote selon "l'éthique à Nicomaque" (l’agent, réputé économiste, sait dans ce cas où est le meilleur pour lui, mais agit autrement : il y a ici contradiction entre l’action effective et le principe de cette action).

Ceci dit, je vous reconnais bien volontiers le droit d'avoir confiance en votre instinct ou votre bonne étoile, et même le droit de ne pas choisir ce qu'il y aurait de mieux pour vous pour des raisons "externes" au raisonnement de l'instant.

Votre raisonnement consiste à dire que vous disposez d'une évaluation du risque ou, du moins, d'un raisonnement vous fournissant une évaluation majorée (valeur ou fonction) du risque, mais vous ne précisez pas sur quels postulats repose le raisonnement par lequel vous arrivez à votre conclusion. Il n'est donc pas possible de déterminer si le jeu d'axiomes employé pour l'évaluation du risque est cohérent avec celui employé pour l'évaluation du bénéfice, et ce, pour une raison simple : le risque n'est pas nécessairement un simple risque mortel ou individuel (d'où le nécessaire recours aux "externalités"), là où est (implicitement, je l'admets) postulé que la première motivation du choix est d'ordre essentiellement individuel, ou, du moins, s'intéresse à un groupe de personnes ou un contexte qui n'est probablement pas identique à celui concerné par le modèle de raisonnement employé pour l'évaluation du risque, et donc, qu'il existe un risque d'addition de carpes et de lapins.

Sans doute est-ce en partie parce qu'un tel scénario est relativement fréquent que l'auteur d'une proposition nouvelle sur le marché est souvent "invité à consommer sa propre production" ("eat one's own dogfood")pour inspirer confiance (et donc, est indirectement condamné à n'employer que des collaborateurs non-averses à ce risque-là du moins).

Bernard Salanie

L'Ethique à Nicomaque, c'est très bien, mais l'analyse économique a fait qq progrès depuis...

Gus

Je n'en doute pas une seconde, même si la plupart d'entre eux reposent sur des dogmes (je veux dire ici "assertions invérifiables") mais le fait que l'analyse économique ait éventuellement fait des progrès depuis Aristore n'implique pas que ces progrès s'appliquent à une question donnée.

A quel progrès feriez-vous par exemple allusion ?

Bernard Salanie

Ah, c'est là que vous vouliez en venir... j'abandonne, je connais trop bien ce genre de défis où, dans mon expérience, la discussion ne mène à rien.

Gus

Si ce n'est éprouver la valeur de l'existence ?

Econoclaste-SM

B.S. : "L'Ethique à Nicomaque, c'est très bien, mais l'analyse économique a fait qq progrès depuis..."

Ah, ben oui, en France, par exemple, on est très fan de List, Attali et Forrester...

Tiens, au fait, presque rien à voir, on vient de me faire savoir qu'un pôle d'économie a été créé à Paris avec Piketty en directeur et Delta + Paris I réunis.
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2005/09/20/220-n-enterrons-pas-is-lm#c259
Sur le papier, ça fait plaisir. Concrètement, je suis sceptique sur le montage ad hoc.
Vous voyez ça comment ?

Econoclaste-SM

Bof : pourquoi focaliser sur les grandes centrales ? Je ne les juge pas responsables du mauvais équilibre. Je constate juste que ce que dit Askenazy est assez déprimant, car on est visiblement coincé sur un équilibre bas. Pas du tout Pareto-optimal. Quant à savoir comment en sortir, je n'ai pas de solution toute prête sous le coude.

Bof

-SM: Votre conclusion signale que "Etat, syndicats, partis politiques et employeurs se moquent éperdumment de la question de l'amélioration des conditions de travail.". J'avoue penser que le débat local sur les conditions de travail existe, ne serait-ce que parce qu'il est un des rares secteurs où le management a *intérêt* à négocier avec les représentants locaux (la plupart des autres sujets sur lesquels les représentants du personnel aimeraient négocier étant souvent hors de portée de la négociation locale). Mais je crois aussi qu'on ne peut pas assimiler les représentants locaux aux syndicats (réputés représentatifs par la loi, mais qui ne le sont guère dans les faits).

En ce qui concerne les partis, je crois utile de signaler que la protection des travailleurs est un des thèmes d'action majeurs des partis européens de gauche au P.E. . Dans un tel contexte, une action nationale pourrait fausser la concurrence entre économies des états membres.

Je persiste à penser que la recherche d'une indemnisation maximisée en cas de préjudice à la personne du travailleur en sa qualité de travailleur est suffisamment consensuelle, même si elle n'a rien d'optimal (mais en quoi, pour qui est-ce gênant ?) : elle n'interdit pas la recherche locale de meilleures conditions de travail sans l'imposer ni créer de règlementation excessive. Même si cette stratégie provient de l'héritage du défunt dogme de l'employeur paternaliste, elle est difficile à remettre en question par quelque gouvernement que ce soit.

Bof

Sinon, concernant l'économétrie et la gestion du risque selon Attali (recherche du moindre risque par un processus raisonné), je vois deux faiblesses à son raisonnement : la première est qu'on ne peut pas contraindre les acteurs imposant des risques à d'autres de se comporter rationellement (ni à obéir à quelque loi ou règlement que ce soit). La seconde, plus conjoncturelle, est que l'effet conjugué de la décentralisation et de la construction européenne nuit à l'efficacité et la cohérence de l'action publique en général, et donc, y compris dans les domaines législatifs ou règlementaires (par exemple, constater que des radars ont (probablement, à vérifier) obtenu plus de résultats pour la baisse de la mortalité sur les route que des plans plus précédents). Dans un tel contexte, il me semble tout à fait logique de voir les verts européens bagarrer au P.E. contre la Commission pour qu'une règlementation de limitation des risques au travail existe, mais, à l'évidence, nombre d'acteurs concernés préfèrent l'irresponsabilité et le déport des coûts sur les fonds publics.

Forrester & List, connais pas.

Bernard Salanie

Econoclaste : l'idée de créer des "campus de recherche" dotés de moyens importants est venue des scientifiques eux-même, devant la multiplication de petites unités de recherche peu productives (chaque élu local veut avoir son morcelet d'université, chaque morcelet d'université veut avoir ses équipes de recherche...). En tant qu'économiste, je ne peux que me féliciter de ce que l'économie soit la première dotée. Pour diriger cette EEP, il faudra une personnalité jeune, énergique et n'ayant pas peur des conflits---Thomas Piketty me paraît être un bon choix, et je lui souhaite bonne chance, ainsi qu'à tous les membres de la future EEP.

Sur la forme, il y a également un progrès, dans la mesure où cette unité obtient une dotation qui lui assure un budget pérenne (sous la forme des revenus des placements de cette dotation). Les universités américaines vivent ainsi depuis longtemps, mais c'est une nouveauté en France : même si le prochain gouvernement préférait allouer des moyens de recherche à une autre discipline, il ne pourrait pas reprendre ce qui aura été donné à l'EEP. J'écris ceci avec tous les réserves nécessaires : les règles de la comptabilité publique sont très strictes et il faudra trouver un montage pour autoriser tout cela (et notamment la possibilité de gérer la dotation de manière souple).

On peut, bien sûr, regretter que la constitution de ce premier campus de recherche soit encore une fois le fait du prince : au moment même où le premier ministre nous promet la constitution d'une sorte d'aréopage de chercheurs qui doit se prononcer sur l'allocation des moyens, il décide de lui-même d'allouer la première dotation à une discipline et à un groupe particuliers (tous deux très méritants, là n'est pas la question). Ce n'est pas la bonne méthode. Nos collègues de Toulouse, par exemple, qui ont développé leur Institut par de longues années d'efforts (notamment de Jean-Jacques Laffont) et en se financant par des contrats de recherche peuvent se demander pourquoi ils n'ont pas été choisis. L'impression que cela laisse est qu'un lobbying efficace à Paris semble pouvoir donner des résultats plus rapides et à moindre coût ; je ne crois pas que cela soit de nature à diriger les efforts des chercheurs dans la bonne direction. Mais encore une fois, je souhaite bonne chance à l'EEP et à Piketty ; et si j'avais vu passer cette chance quand j'étais à Paris, je me serais aussi jeté dessus---l'argent est rare.

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