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  • Frank Ramsey, "Truth and Probability" (1926)
    The highest ideal would be always to have a true opinion and be certain of it; but this ideal is more suited to God than to man.
  • Jules Bertaut, "1848 et la Seconde République" (1937)
    L'enthousiasme est pour rien chez nous : aussi les Français, peuple avare par excellence, le répandent-ils avec une générosité qui n'a d''egale que leur versatilité.
  • Turgot, lettre à Du Pont (1773)
    C’est au public lisant et réfléchissant qu’il faut parler, c’est à lui qu’il faut plaire, lui et lui seul qu’il faut persuader ; toutes les flagorneries aux gens en place, tous les petits détours dont en s’enveloppe pour ne pas les choquer sont une perte de temps écartant du vrai but et ne réussissant même pas à faire sur eux l’impression qu’on s’est proposée.

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Financial literacy

Le monde est mal fait. L'argent sert entre autres à ne plus avoir à s'inquiéter de son argent ; mais ceux qui n'arrivent jamais à ce niveau sont souvent justement ceux qui ont du mal à prendre les décisions financières les plus simples ! Les avocats des pension funds doivent prendre cette triste considération en compte.

Vous doutez ? Parmi d'autres preuves, voici ce qu'Annamaria Lusardi (de Dartmouth) et Olivia Mitchell (U Penn)  ont appris en interrogeant 1 700 personnes représentatives des jeunes quinquagénaires---un âge où il est trop tard pour devenir "financiallly literate". (Voici un papier, et  un autre). Elles leurs ont posé trois questions assez simples (pardon pour l'anglais)  :

1. If the chance of getting a disease is 10 percent, how many people out of 1,000 would be expected to get the disease?

2. If five people all have the winning number in the lottery, and the prize is $2 million, how much will each of them get?

3. Let's say you have $200 in a savings account. The account earns 10 percent interest per year. How much would you have in the account at the end of two years?

Puisque vous lisez ce blog, vous êtes probablement "literate tous azimuts" et vous avez donc correctement répondu 100, $400 000, et $242. Eh bien, vous êtes une minorité. Plus de 80% des 1 700 répondants ont bien répondu à la première question ; mais moins de la moitié à la deuxième... et seulement 18% à la troisième, alors même qu'elle n'avait été posée qu'aux répondants qui avaient eu "juste" à une des deux premières.


Le fait est, c'est un des ressorts des marchands de produits financiers, que peu de gens sont financially literate. Les banques italiennes ont gaiement vendu des emprunts argentins aux petits épargnants italiens jusqu'au crash de 2001, et les banques françaises avaient bien réussi à persuader beaucoup de français que mettre toute son épargne dans Eurotunnel était un pari sans risque---"creuser un tunnel sous la Manche, que pourrait-il bien arriver ?". Il est vrai que dans les agences des grandes banques, le niveau de culture financière des conseillers est très bas (sans parler de La Poste !).


La morale---pas vraiment nouvelle---de cette histoire est simple : la capitalisation est une bonne idée, mais il serait contreproductif d'en faire un éloge sans nuances.  Si on demande aux Français de placer une partie de leur épargne en Bourse sans les conseiller (ou en comptant sur leur banque pour les conseiller), beaucoup d'entre eux feront de grosses bêtises, et cela peut se terminer in lacrymas.


Commentaires

Beati pauperes spiritu!

Moi qui croyait qu'il fallait des tests compliqués pour mettre en évidence ce genre de problèmes...

http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2004/11/22/279-encore-un-peu-de-psychoeconomie

D'un point de vue cynique, cela permettrait aussi d'isoler les moins doués d'entre nous du reste..

Malheureusement, pour chaque individu il existe un groupe dans lequel il est le moins doué, et c'est pour cela que l'economie decentralisée est tellement superieure :)

Et tout ce que vous venez de dire montre que l'homme n'est pas du tout un "homo economicus" et par extension prouve que la theorie liberale et neo liberale n'est fondée sur rien....

Mais voilà que vous redécouvrez la main bienveillante de l'Etat ;)

Intéressant, comme de coutume. Mais loin d'être rassurant.
Une autre conclusion serait de s'assurer que les tables de multiplication sont encore apprises à l'école. Mais ce ne serait sans doute pas suffisant...
Plus sérieusement, la question que vous posez est loin trouver une réponse aisée. Car qui peut conseiller ? Vous suggérez que la banque serait en mesure de le faire. Encore faut-il qu'elle le puisse (problème de compétence, que vous soulevez par ailleurs) ou qu'elle en ait l'intérêt. Je pense que les investissements dans la pierre ont encore une longue vie devant eux.

la question des placements financiers est elle si complexe?
à la question 3 de votre enquête,on peut imaginer que beaucoup de répondants ont oublié de composer les intérêts, ont négligé le facteur d'ordre 2 me semble relever d'une aproximation raisonnable sur 2 ans...
ce qui rend les choix, arbitrages délicats et oblige à bien former les conseillers financiers, ce n'est pas tant la volatilité des marchés action que la complexité de la fiscalité, avec laquelle chacun d'entre nous adopte des stratégies d'optimisation...
moralité: un peu moins de niches fiscales, un peu plus de clarté sur l'imposition des revenus du capital et des plus values, un système de droits de succession simple...
et nos vaches seront bien gardées

Bonjour Mr Salanié,

comme vous l'avez clairement indiqué, les conseillers des grandes agences bancaires sont trop peu formés en matière fiancière.

J'ai une question simple à laquelle je n'arrive pas à trouver de réponse (car moi aussi, je connais trop peu la finance) :
je souhaiterais aujourd'hui placer un peu d'argent : où aller ? à quelle porte frapper pour avoir en face un interlocuteur compétent ?

cordialement

Paulo

Sauf erreur de ma part, la plupart de mes concitoyens ignorent beaucoup de choses de la thermodynamique et de la mécanique des fluides.
Je crois même que certains d'entre eux ne savent pas régler leurs injecteurs, voire, ne savent même pas remplir le lave-glace de leur voiture.

Pourtant, appuyé par un réseau de professionnels spécialistes suffisamment segmenté pour que le client-roi garde le contrôle de l'ensemble, professionnels eux-mêmes appuyés par une informatique sophistiquée, des services supports experts, et des garanties contractuelles croisées, de très nombreuses automobiles parcourent de très nombreux kilomètres chaque jour et contribuent ce faisant au bon fonctionnement de la société.

Il en est de même en matière financière. Peut-on acheter un titre sans passer par un intérmédiaire ? Peut-on battre sa propre monnaie soi-même ? Peut-on émettre son propre emprunt en prenant ses biens pour garantie ?

L'activité financière de l'individu est certainement l'une des plus réglementées au monde, tant du point de vue poids de paperasse que nombre de professionnels se consacrant de près ou de loin à la pognonique. Dans un tel contexte d'assistanant, qu'importe le niveau de connaissance économique des individus dès lors qu'une concurrence suffisamment forte et suffisamment non-faussée existe entre les nécessaires intermédiaires ?

Bonjour,

Les résultats de cette enquête sont d'autant plus dramatiques qu'ils ne pointent pas un manque de culture économique et financière, mais le fait que 93% des gens n'ont pas le niveau 4e (pour ne pas dire 6e) en arithmétique.

Cela ne veut-il pas plutôt dire que l'ascenseur social peut fonctionner dès lors qu'on ne cherche pas à rendre à éduquer les capitalistes de sorte à les rendre capables de protéger leurs capital ?

Car après tout, en première approximation une mauvais affaire est toujours une bonne affaire pour quelqu'un d'autre.

A Bernard Salanié
Vous qui connaissez l'INSEE de l'intérieur, ce qui n'est pas le cas de vos lecteurs, vous ne devez pas être insensible à la polémique dont l'institut est l'objet. Vu de l'extérieur il m'apparaît :
1) que le report de la "validation" de l'Enquête emploi ne peut que créer un soupçon quant à l'indépendance de l'INSEE à quelques semaines des élections ;
2) mais qu'il n'y a, pour autant, aucune raison de remettre en cause a priori ce constat de l'INSEE : dans le passé l'Enquête emploi a sous-estimé les créations d'emplois ; en moyenne annuelle la sous-estimation 2006/2005 serait de 70 000 (+150 000 contre +220 000) : http://www.insee.fr/fr/ppp/comm_presse/ficcom_frame.asp?com_id=278&path=/fr/ppp/comm_presse/comm/cphcreunionCNIS.pdf
3) que certains, comme Eric Maurin, dénoncent la soumission de la statistique publique aux cabinets ministériels : http://ericmaurin.blogs.nouvelobs.com/
Je sais bien qu'Hayek voulait privatiser la monnaie… mais faut-il aller jusqu'à "désétatiser" l'INSEE ? Rêver – ou cauchemarder - d'un CSA de la statistique ?

Au risque d'avoir l'air insistant, j'aimerais également un avis sur la polémique (en effet, le ton est assez polémique actuellement) sur l'INSEE.

Au fond, ce n'est pas une question de "culture économique" ou "financière". Il y a un truc qui est en train de se passer sur ce genre d'aptitude, et ça fait un peu peur. Ceux parmi vous qui enseignent se sont peut-être rendu compte à quel point on pouvait planter des étudiants (même avancés, j'ai pu le constater avec stupeur au niveau maitrise) avec des questions a priori triviales: définissez un taux de change e entre deux monnaies, donnez un montant dans l'une et demandez de convertir dans l'autre: il faut qu'ils "devinent" (hou la la) s'il faut multiplier ou diviser par e, selon la définition donnée. Et bien vous serez surpris... je n'en suis pas revenu! Il s'agit pourtant bien de rien de plus qu'une règle de trois, et ben même... Et bien je crois qu'il y a une sorte de culture de la formule à apprendre par coeur, sans jamais réfléchir à ce qu'elle veut dire. Du coup, il suffit de poser une question d'une façon légèrement différente (ce qui tout de même est ce à quoi on fait face dans la vie, des questions non apprises par coeur à l'avance), et patatra... Mais je suis sûr que vous ne voyez pas ce genre d'erreur parmi les étudiants de Columbia (ou bien alors, partagez vos anectodes, on le répètera à personne!)

Le "CSA de la statistique" dont vous évoquez la création existe déjà et se nomme le CNIS :

http://www.cnis.fr/

Site qui se décrit comme le "Site d'information sur le système statistique français, sa régulation par le CNIS et ses partenaires publics et privés."

Imaginons que j'ai 50 ans : comment puis-je apprendre/réviser la finance pour ne pas/plus tomber dans les travers des banques (italiennes ou pas) ?

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