Personne ne peut l'ignorer : l'idole des jeunes septuagénaires a fui la France aimée, mais la pleure toujours. Dans l'une de ses dernières grandes envolées présidentielles (on l'espère du moins), Jacques Chirac a eu ces fortes paroles :
J'apprécie énormément sur le plan humain comme sur le plan artistique Johnny Hallyday et son immense talent. Il n'en reste pas moins que je regrette un peu---si j'apprécie l'artiste--le comportement du citoyen.
Nous ne serons décidément jamais d'accord...je n'apprécie guère l'artiste, mais je ne vois pas bien en quoi il est anti-citoyen de s'établir à l'étranger (surpris ?). Ce type de pyschodrame revient régulièrement, de Laetitia-Casta-Marianne monégasque-ou-pas aux wagons de créateurs d'emplois que le Thalys et l'Eurostar, lourdement subventionnés par le contribuable français (ce qui est on ne peut plus exact), déversent à Ashford ou à Bruxelles. Ce qui demeure, c'est qu'on n'a aucune idée des effectifs des Français à l'étranger, sans parler de leur profil. J'en ai déjà parlé, mais la pédagogie est faite à 90% de répétitions, comme chacun sait.
Les Britanniques font bien mieux que nous en ce domaine. Il faut dire qu'ils ont une longue tradition d'émigration, au point d'avoir créé, après tout, l'"hyperpuissance mondiale" si chère à nos politiques à nous. Depuis longtemps, ils se sont donné les outils permettant de recenser les "Brits abroad" aussi précisément qu'il est possible : les estimations des consulats britanniques, bien sûr, mais aussi les fichiers des caisses de retraite (qui envoient leurs chèques aux retraités émigrés), les statistiques des visas accordés par les pays d'accueil, etc. Le résultat est cette magnifique carte (cliquez sur "proportional"), où chaque pays---hors le Royaume-Uni of course---se voit enfler aux dimensions de sa population britannique.
Vous trouvez qu'il y a trop de rosbifs en France ? (pas moi, Kate, c'est juste pour la beauté du raisonnement). Mettez-vous à la place des Espingouins qui en abritent 761 000, ou pire, des Australiens qui sont en passe de devenir minoritaires... (encore faudrait-il définir la notion d'Australien de souche). Ce dossier nous rappelle par ailleurs que pendant les années 1966-67, quand il devenait clair que le modèle économique britannique d'après-guerre battait sérieusement de l'aile, la bagatelle de 468 000 Britanniques ont quitté
This royal throne of kings, this sceptred isle,
This earth of majesty, this seat of Mars,
This other Eden, demi-paradise,
This fortress built by nature for herself
Against infection and the hand of war,
This happy breed of men, this little world,
This precious stone set in the silver sea,
Which serves it in the office of a wall,
Or as a moat defensive to a house
Against the envy of less happier lands;
This blessèd plot, this earth, this realm, this England.
Et, ma foi, la nation britannique ne s'en est pas si mal portée... elle s'est constituée au cours des ans une diaspora de Johnnies et Kates qui ont plutôt bien servi son rayonnement culturel et politique.
(Pour "notre" Johnny, je suis moins sûr ; mais qui sait ?)
es

Tout cela est fort sympathique, mais il y a, si vous m'autorisez, quelques… faiblesses dans ce raisonnement :
- nous ne critiquons pas les gens qui vont s'installer à l'étranger pour y travailler (300 000 français à Londres, dit-on) comme vous avez fait et qui peuvent effectivement contribuer au rayonnement culturel de la France (encore que ce serait à approfondir : j'ai plutôt l'impression que l'immigration qui amène chez nous des gens qui ont envie de France est plus efficace que l'émigration, mais c'est une autre histoire),
- Johnny comme toutes ces vedettes de la chanson qui s'installent à l'étranger pour payer moins d'impôts font l'essentiel de leurs recettes en France. C'est là qu'est leur public, c'est en France que l'on subventionne de mille manières leurs succès (villes qui financent les spectacles qu'ils font, comme Bordeaux il y a quelques années…),
- Comme les dépenses que finance l'impôt ne diminueront pas, on peut penser que ceux que ne paiera pas Johnny, d'autres le paieront à sa place. En l'espèce ceux qui restent et qui paient des impôts, soit les classes moyennes qui n'apprécient pas toujours Johnny.
- Ajoutons enfin, mais c'est pour la petite histoire, que partir en Suisse avec, parait-il, la bénédiction de Nicolas Sarkozy, son candidat préféré, à quelques mois des élections présidentielles est pour le moins… maladroit.
Rédigé par: Bernard Girard | 30 décembre 2006 à 01:10
Les effets pervers de l'ultra-interventionisme anti-liberté des états dans le libre marché : la propriété intellectuelle.
A défaut il suffirait de prélever a la source au taux d'imposition le plus élevé sur les royalties versées depuis la France à un non résident pour rétablir un minimum de justice.
Rédigé par: Laurent GUERBY | 30 décembre 2006 à 16:03
Ce qui est amusant, c'est que le modele britannique fonctionne aussi dans l'autre sens, notamment dans la finance, selon le fameux "Modele de Wimbledon" (aucun champion britannique ne gagne, mais les matchs se font au royaume uni) : la city s'est développée en meme temps que les banques britanniques passaient aux mains de banques étrangère ! Du patriotisme économique à l'envers...
Rédigé par: V | 31 décembre 2006 à 04:39
Votre billet est fortement biaisé. La critique formulée à l'encontre de M. Hallyday ne vise pas formellement son installation à l'étranger, mais sa volonté évidente de fuir l'impôt en France et là, vos arguments ne tiennent absolument plus.
Quid de l'impôt perdu par l'Etat à cause des grandes et moyennes fortunes qui s'installent à l'étranger pour raisons fiscales tout en ayant la majorité de leurs activités professionnelles en France ? C'est ce chiffre qu'il serait intéressant d'analyser.
Rédigé par: Sergio | 31 décembre 2006 à 06:59
N'en jetez plus ! Johnny n'etait qu'un pretexte pour introduire ce qui m'interesse vraiment : la disproportion entre la place importante que prend la "delocalisation" (definie au sens large) dans le debat politique francais, et le manque de donnees sur la question---qui n'est pas irremediable comme le montre l'exemple britannique. Inconvenient des blogs : le cote polemique semble toujours etre ce que les lecteurs retiennent... je devrais le savoir.
Rédigé par: Bernard Salanie | 31 décembre 2006 à 11:39
Juste un petit commentaire sur les Anglais et les Etats Unis : les Anglais ne sont pas le principal contingent d'origine aux US, ce sont les Allemands.
http://en.wikipedia.org/wiki/Racial_demographics_of_the_United_States
De quoi faire encore un complexe avec nos amis outre-Rhin...
Rédigé par: Francois | 01 janvier 2007 à 12:40
Pour pouvoir adhérer à une société d'auteur autre que celle imposée par les règles en vigueur dans son pays, et bien que cette intéressant monopole (protégé par le très consensuel principe, de Lang à Chirac, de l'exception culturelle) ait éveillé l'émoi de la Commission Européenne, Johnny Halliday devait s'expatrier.
Tant mieux pour lui s'il peut, désormais, jouir de la protection d'un état plus favorable à l'épanouissement des arts et de la culture que celui du syndicat obligatoire des interprètes.
Rédigé par: Glabre | 02 janvier 2007 à 04:24
La base de données de l'OCDE sur l'immigration permet d'avoir une image du stock de migrants par pays de naissance et niveau d'éducation pour tous les pays de l'OCDE (vers l'année 2000). Voir http://www.oecd.org/document/51/0,2340,en_2649_33931_34063091_1_1_1_1,00.html
Rédigé par: Sergei Dorn | 05 janvier 2007 à 04:41
Tres interessant, Sergei, merci beaucoup pour ce lien.
Rédigé par: Bernard Salanie | 05 janvier 2007 à 06:50
Bonjour, je suis votre blog économique depuis quelque temps et j'apprécie votre regard français et décalé (aigu et cartésien, mais ouvert sur le monde).
Votre note a déclenché mon envie d'en dire un peu plus, vu de France, sur ces jeunes qui partent : http://argoul.blog.lemonde.fr/2007/01/07/la-fuite-des-jeunes-francais/
Chômeur moi-même, je ne suis plus de cet âge mais en plein dans l'ineptie Delalande - donc aucune embauche possible au retour de Suisse où j'ai travaillé quelque temps. M'exiler ? Pourquoi pas, on demande peut-être des compétences dans la finance et la stratégie des marchés ?
Rédigé par: Argoul | 07 janvier 2007 à 05:15