Pas encore... mais il n'a pas tort de
s'inquiéter du " blanc" des candidats potentiels à la présidentielle sur la question pourtant cruciale du changement climatique. Comme beaucoup d'économistes, j'étais un peu sceptique au départ---au moment du sommet de Rio de 1992, par exemple. Voyez-y une méfiance professionnelle : le choeur des climatologues naturellement intéressés à obtenir plus de financements pour leurs recherches, les grandes proclamations la main sur le coeur des hommes politiques, les déclarations d'intention qui n'engagent personne.... et bien sûr les doutes scientifiques qui entouraient cette affaire, amplifiés (dans un sens comme dans l'autre) par des journalistes mal informés. Les arrangements médiocres de Kyoto ne m'avaient pas non plus enthousiasmé. D'un autre côté, les arguments de sceptiques genre Lomborg paraissaient un peu outrés, sur ce point en tout cas.
Aujourd'hui, les très nombreux éléments que les sciences du climat nous ont apportés ont corrigé certains points ; mais ils ne me laissent plus beaucoup de doute quant à la réalité du phénomène, à son origine humaine, et à la gravité de ses conséquences. Je ne suis pas un spécialiste, mais je donne depuis plusieurs années une place au changement climatique dans mes cours. Je reviendrai sur cette question sur ce blog de temps à autre. En attendant, je vous recommande l'achat du numéro de
La Recherche sur le climat, ainsi que de
l'excellent petit livre de Guy Jacques et Hervé le Treut---juste le bon niveau de vulgarisation pour moi,
your mileage may vary.
Y-a-t'il des études qui évaluent (à la louche) le cout par zone géographique d'un des scénarios prévu par les scientifiques ?
Rédigé par: Laurent GUERBY | 03 août 2006 à 16:22
Laurent : il y a ça ici :
http://www.econ.yale.edu/%7Enordhaus/homepage/web%20chap%204%20102599.pdf
bien que ça ne soit pas le plus récent
Rédigé par: Antoine belgodere | 03 août 2006 à 18:21
Merci Antoine.
Rédigé par: Laurent GUERBY | 04 août 2006 à 14:14
Back in the US... Nordhaus a ecrit une quantite d'articles, et un livre sur son modele climatico-economique (DICE ou RICE, selon les versions). Ses resultats ne font pas l'unanimite, mais certains points paraissent peu contestables :
* Kyoto faisait porter l'essentiel du poids de l'ajustement sur les Etats-Unis
* la R&D sur la reduction des emissions est une priorite des priorites que l'accord passait sous silence.
Le point le plus delicat est l'analyse couts-benefices ; supposons par exemple que le niveau de la mer s'eleve de 1 m dans l'Ocean Indien. De nombreuses iles doivent etre evacuees par leurs habitants, cout pharamineux... sauf si on construit des mini-murs sur les plages, cout nettement plus raisonnable...mais les touristes ne vont pas aimer, gros choc negatif pour l'economie de ces iles, etc etc. Le calcul est deja tres complexe pour l'archipel de Sanzunron (merci Achille), vous imaginez les difficultes au niveau planetaire. Il y a egalement des problemes conceptuels tres delicats, qui vont du choix du taux d'escompte a la prise en compte de l'incertitude. Pour simplifier : supposons qu'il y ait une chance sur 100 pour que New York soit submergee par l'Ocean dans cent ans---hypothese A. Admettons que nous soyons prets a payer 100 trillions de dollars pour eviter ce desastre de maniere certaine *s'il devait se produire avec certitude (en l'absence d'intervention) demain*---hypothese B. Dirons-nous que nous sommes donc prets a payer 1 trillion (100*1/100) dans l'hypothese A ? Sans doute pas ; notre aversion pour le risque nous conduirait a etre plus prudents, mais de combien ? Et si cette probabilite de 1 sur 100 n'est qu'une evaluation grossiere ? Et comment prendre en compte le fait que je serai mort au moment ou cela se produira (et que de plus, NYU est plus menacee que Columbia :-), mais pas les generations futures, etc ? Il serait vraiment tres arrogant de produire un chiffre qui ne soit pas assorti d'une tres grosse marge d'erreur.
Rédigé par: Bernard Salanie | 07 août 2006 à 22:31
Quel peut être le sens d'une démarche écologique à un échelon national ? Plus exactement, en mettant de côté les passions ursines de notre Bien-Aimé Président, quel rôle peut s'attribuer un élu national (même français, et donc, génial) en ce qui concerne les questions écologiques qui sont, 1) globales (et en aucun cas nationales) 2) objet de débat scientifique (encore plus que l'économie) 3) bien plus affaire de comportement individuel et collectif que de prescriptions.
Rédigé par: Mulot | 13 août 2006 à 15:26
Le role de l'elu national est enorme. A minima, il doit au moins respecter les accords pris, afin que les demarches collectives reussissent (voir la position de Duval dans Liberation qui explique que la France joue allegrement les passagers clandestins dans les efforts europeens sur les quotas de CO2: http://www.liberation.fr/opinions/rebonds/198490.FR.php).
Rédigé par: Corinne | 14 août 2006 à 11:58
Tu as raison, Corinne. J'explique : les engagements de la France à Kyoto consistaient à maintenir les émissions au même niveau (en moyenne sur 2008-2012, par rapport à 1990). C´était une cible moins agressive que les -8% de l'Union Européenne : la France utilise beaucoup d´énergie nucléaire, peu émettrice de gaz à effet de serre. Ensuite, on est tombé dans l'exemple type du mauvais usage de l'Europe, ou comment se défausser d'un problème. Dans un bel enthousiasme vertueux (au moins en public), les membres de l'Union se sont mis d'accord pour former une `bulle´ au sein de laquelle on échangerait des droits d'émission, conformément à une clause de Kyoto. Ensuite, rien ne va plus : les pays décident d'eux-même, `avec l'assistance de la Commission' 1) combien de quotas ils vont allouer---soit effectivement bien plus qu'il n'en faudrait, cela surprend quelqu'un ? 2) à qui ils vont les allouer, soit bien plus souvent de manière `dirigée' que par enchère, quand a-t-on vu un politicien renoncer à distribuer des rentes ? 3) quelles sanctions ils vont imposer aux violateurs dans leurs pays---du simple au mille-uple ! Mais qu'on se rassure, la Commission prépare de nouvelles `guidelines', tout est là si vous savez lire l'eurodiscours :
http://ec.europa.eu/environment/climat/emission.htm
'La maison brûle et nous regardons ailleurs' (Jacques Chirac, Johannesbourg, septembre 2002). Je m´étonne que personne n'ait sorti une poupée-Chirac qui gazouillerait de manière aléatoire son répertoire de phrases grandiloquentes restées lettre morte.
Rédigé par: Bernard Salanié | 14 août 2006 à 15:11
BS : il y a une qualité qu’on ne peut nier à Nordhaus, c’est la transparence. Le livre présentant ses deux modèles est en ligne gratos :
http://www.econ.yale.edu/%7Enordhaus/homepage/web%20table%20of%20contents%20102599.htm
de même que les codes GAMS des mêmes modèles :
http://www.econ.yale.edu/%7Enordhaus/homepage/dice_section_IV.html
Pour les personnes qui ont accès au logiciel GAMS (j’en suis :-) ), c’est très précieux, car on peut faire tourner le modèle 150'000 fois avec, à chaque fois, des paramètres différents si l’on estime qu’il a été trop optimiste ou trop pessimiste sur tel ou tel point. Ca aide à clarifier le débat : plutôt que de dire « Nordhaus se plante car il surestime les capacités d’absorption des océans », je peux tout à fait faire tourner son modèle avec une capacité d’absorption plus faible. A la limite, en bidouillant un peu, je peux même la rendre non-linéaire.
Au fait, une prime de risque est bien présente dans le modèle, pour évaluer les événements catastrophiques.
Pour ceux qui n’ont qu’Excel, une version Excel de ces modèles est également en ligne :
http://www.econ.yale.edu/%7Enordhaus/homepage/dice_section_V.html
Ce sont des versions un peu différentes des modèles (plus simples), qui donnent donc des résultats un peu différents.
Rédigé par: Antoine belgodere | 15 août 2006 à 13:28
"Le role de l'elu national est enorme. A minima, il doit au moins respecter les accords pris, afin que les demarches collectives reussissent"
Je pense comprendre l'argument (enfin, j'essaie).
Pourtant, dans des sociétés qui se disent libérales, c'est essentiellement l'usage que fait l'individu de sa liberté qui détermine la taille de l'empreinte éconologique.
Comment l'élu national pourrait-il faire respecter les engagements qu'il prend ? Par la force ? Soyons sérieux deux minutes. L'action policière ? idem (bien que l'idée séduirait certainement les partisans de Royal et Sarkozy). La règlementation ? Dans ce cas, la Commission Européenne a démontré son efficacité. Par des mécanismes économiques ? (façon gestion de la consommation de tabac par les taxes) : dans ce cas, pour éviter quelque nouveau dirigisme, je préfère laisser travailler les économistes (scientifiques) voir ce qu'ils pourraient éventuellement proposer (mais alors, s'il vous plait, vite...) et, dans ce cas, chercher une application à un échelon éventuellement adapté à l'outil proposé.
S'il s'agit d'appel à la responsabilité individuelle ou, tout simplement, d'aider la communauté des citoyens à prendre conscience du péril qu'elle fait peser sur ses enfants, pardonnez-moi de penser que ce sujet est bien trop grave pour être géré par des politiques.
D'una manière plus générale et plus philosophique, la question posée (environnementale, allocation de ressources rares, gestion du biotope) n'a de sens que si elle est effectivement grave. Si elle est effectivement grave, de par sa nature même (vie et mort) et sa portée (globale) elle devient instantannement très grave : si elle est effectivement très grave, doit-on déléguer sa gestion à des élus ? Doit-on la laisser gérer par des personnes confondant trop souvent idéologie, intérêt privé, intérêt public, présent, et avenir ? à mon avis, "ça se discute"
Rédigé par: Mulot | 17 août 2006 à 02:14