Même pour un lecteur vorace comme moi, les retours de longs voyages "à l'étranger" (c'est-à-dire en France, désormais...) sont un peu décourageants : toutes ces revues à dépiauter à vitesse accélérée, en essayant de ne pas passer trop rapidement sur ce qui pourrait être intéressant. Dans mes New Yorker en souffrance, je lis au moins Adam Gopnik. Je l'aime bien : il a souvent tort dans les détails, mais il a des intuitions originales. Dans le numéro du 26 juin, il passe en revue deux livres sur la Terreur (la nôtre, celle de 1793-94). Il a cette description qui, à titre personnel, m'inquiète un peu :
There is a case to be made that the real singularity of the Terror was the first appearance on the stage of history of this particular psychological type: not the tight-lipped inquisitor, alight with religious rage, but the small, fastidious intellectual, the man with an idea, the prototype of Lenin listening to his Beethoven as the Cheka begins its purges. In normal times, such men become college professors, or book reviewers or bloggers. It takes special historical circumstances for them to become killers: the removal of a ruling class without its replacement by a credible new one. In the confusion, their ethereal certainties look like the only solid thing to build on.
College professor, book reviewer (à l'occasion), blogueur (de moins en moins fréquent hélas) : ce type m'en veut ! J'espère qu'il fait plutôt allusion aux blogueurs politiques, ceux dont les réactions furibardes déclenchent des mini-tempêtes sur le Web, et ont parfois des conséquences importantes comme dans l'affaire Trent Lott. Je promets d'essayer de me garder des certitudes éthérées.
PS : dans ce style là, Gopnik, qui a vécu plusieurs années à Paris, a aussi commis Paris to the Moon, ou De Paris à la Lune, comme on veut, très recommandé.

C'est vrai: Gopnik écrit très élégemment, mais n'est pas un maniaque de l'exactitude. A croire que les légendaires "fact checkers" du New Yorker (voire une description hilarante qu'en fait Julian Barnes dans ses "Letters from London") sont réservés aux correspondents et contributeurs occasionnels et n'énervent pas le coche des permanents...
Rédigé par: Marc | 12 août 2006 à 11:32
Il est vrai que l'amalgame fait sourire. Mais ce comique dérapage ne doit pas occulter l'essentiel : "the small, fastidious intellectual, the man with an idea", que ne renieraient ni Tocqueville ni E.Quinet.
Encore moins Chateaubriand, témoin des faits, et qui dit dans ses mémoires : "A la fin d'une discussion violente, je vis monter à la tribune un député d'un air commun, d'une figure grise et inanimée, régulièrement coiffé, proprement habillé comme le régisseur d'une bonne maison ou comme un notaire de village soigneux de sa personne. Il fit un rapport long et ennuyeux ; on ne l'écouta pas ; je demandai son nom ; c'était Robespierre."
Vous voilà donc moins seul, aux côtés des notaires de province !
Rédigé par: DT | 14 août 2006 à 11:19
Le Monde du 22 aout decrit une initiative tres interessante d'un groupe d'economistes de differentes tendances politiques pour recadrer le debat politique. en faites-vous partie ? d'autant que votre collegue Artus semble etre le moteur ou le porte-parole de l'entreprise.
Rédigé par: Matthieu | 22 août 2006 à 15:58