On se souvient des graves maux qui nous étaient promis si le Traité Constitutionnel Européen n'était pas ratifié. Un an après, le TCE est mort et enterré, au soulagement général semble-t-il. Richard Baldwin, que j'ai déjà cité dans ces pages, revient dans Telos-EU sur le processus paradoxal qui a fait qu'une tentative de se dépêtrer du lamentable Traité de Nice est devenu, l'hubris parlementaire aidant, un texte de 300 pages dont j'avais relevé les défauts criants à l'époque.Que peut-il arriver maintenant ? Pas grand-chose, nous dit-il : un nouveau Grand Marchandage devra attendre la prochaine occasion d'échanger des votes au Conseil contre des programmes budgétaires, soit le réexamen budgétaire de 2008-2009---sans parler de la réforme prévue de l'attribution des sièges au Parlement Européen. D'ici là, les bizarroïdes règles de Nice continueront à s'appliquer, ce qui devrait persuader les récalcitrants de renégocier, dit-il. Je le trouve un peu optimiste sur ce dernier point : les règles de Nice sont absurdes, mais certains pays (les petits, plus la Pologne et l'Espagne parmi les grands) y tenaient pour des raisons claires...
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...et pour une versiuon plus longue (en anglais) du texte de Baldwin :
http://hei.unige.ch/~baldwin/PapersBooks/Trail%20to%20Failure_Posted.pdf
Rédigé par: Bernard Salanié | 18 mai 2006 à 13:51
vous allez un peu vite en disant qu'il est enterré au soulagement général... le non n'a pas emporté 80% des suffrages tout de même !!
et à voir l'(non-)evolution de l'Europe actuelle, j'aurais pensé qu'au contraire c'est le remord, l'inquiétude et l'angoisse qui seraient généraux. A vous lire, et à apprendre que 90% des "nonistes" ne regrettent pas leurs choix, je me dis que je ne comprends vraiment rien à rien...
Rédigé par: Matthieu | 19 mai 2006 à 04:28
Je suis allé un peu vite. Ce que je voulais dire, c'est que le "oui" ne pouvait pas l'emporter (compte tenu de l'opinion au Royaume-Uni évidemment, mais aussi en République Tchèque et en Pologne peut-être), et qu'il valait mieux que ce processus s'achève rapidement.
Quand à "A vous lire, et à apprendre que 90% des "nonistes" ne regrettent pas leurs choix" : j'ai écrit ça, moi ? Ou faites-vous référence à un sondage ? Personnellement, je n'en ai aucune idée.
Rédigé par: Bernard Salanie | 19 mai 2006 à 08:40
Chez les nonistes, on trouve une tendance à la révision rétroactive des objectifs avoués de la campagne du "non" qui affiche des similitudes frappantes avec l'obstination de la droite américaine pure et dure vis à vis l'échec Bushiste en Iraq.
On se souvient des voeux de Max Gallo, Chevènement & co: on va renégocier à la française!!! (comme si le texte original n´était pas truffé d'affectations galloises).
La réalité, c'est une Europe politique en panne. Le résultat, c'est le néo-protectionnisme et chez les Français, l'approfondissement de cette forme de nombrilisme qu'on appelle "déprime".
La combinaison de cynisme et naïveté affichée aux deux côtés de la Manche est énervante. Les Anglais semblent toujours ignorer que si les "Continentaux" doivent devenir des eurosceptiques, ils le seront bien plus qu'eux, car chez nous on n'a pas leur attachement historique/idéologique à l'idée du libre échange. It may suck, but in Europe, the common market is not its own reward.
Il faut donc un certain degré de volontarisme politique (qui ne doit pas forcément déboucher sur un projet fédéral digne du nom), et donc de "marketing", même si ce n'est que pour éviter les tentations réactionnaires des états.
>>>>>D'ici là, les bizarroïdes règles de Nice continueront à s'appliquer, ce qui devrait persuader les récalcitrants de renégocier, dit-il. Je le trouve un peu optimiste sur ce dernier point : les règles de Nice sont absurdes, mais certains pays (les petits, plus la Pologne et l'Espagne parmi les grands) y tenaient pour des raisons claires...
Vous oubliez que les Espagnols ont voté "oui" dans leur propre référendum constitutionnel. Cela est bien plus important que les gestes outranciers de "Josemari" Aznar (dont le legs politique est de toute façon devenu radioactif, après les attentats de Madrid). Chez les Polonais le populisme europhobique reste une force importante, mais après la débâcle iraquienne leur atlantisme ardent est tempéré par un certain réalisme, tandis que nos amis Britanniques firent de leur mieux pour les froisser, avec leur minimalisme budgétaire. Talk about taking somebody for granted, indeed.
Je ne crois pas au progrès de l'Europe grâce aux crises. Le "non" franco-néerlandais est un important revers. Mais le bloc des états plus raisonnables (avec l'Allemagne à leur tête) et la Commission semblent avoir trouvé une sortie pragmatique de l'impasse: on continue à essayer d'approuver des mesures utiles, même sous le régime abracadabrant de Nice, pour montrer que Bruxelles n'est pas superflue. Alors, l'amélioration du cadre institutionnel devient un besoin pratique.
Eppur si muove. Au rythme de l'escargot, quand même.
Rédigé par: Francisco Carnerero Álvaro | 19 mai 2006 à 10:14
Je comprends mieux ce que vous vouliez dire, et je suis d'accord. il faut tourner la page et réfléchir aux solutions pour continuer.
je faisais référence à un sondage publié dans Libération, sous le titre "l'Europe, c'est toujours non". je ne me souviens pas malheureusement de la date du journal. Il disait que 90% des "nonistes" ne regrettaient pas leur choix un an apres, contre 68% des "ouistes" (que je n'aime pas ces noms...).
Rédigé par: Matthieu | 20 mai 2006 à 15:44
j'ai retrouve un article de blog qui parle de ce sondage :
http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2006/05/non_je_ne_regre.html
Rédigé par: Matthieu | 22 mai 2006 à 03:57
Pour des raisons tout aussi claires, c'est bien l'Allemagne qui s'accroche coute que coute au TCE et refuse de renégocier quoi que ce soit.
Rédigé par: Eric | 26 mai 2006 à 15:47