Ma Photo

En exergue :

  • Frank Ramsey, "Truth and Probability" (1926)
    The highest ideal would be always to have a true opinion and be certain of it; but this ideal is more suited to God than to man.
  • Jules Bertaut, "1848 et la Seconde République" (1937)
    L'enthousiasme est pour rien chez nous : aussi les Français, peuple avare par excellence, le répandent-ils avec une générosité qui n'a d''egale que leur versatilité.
  • Turgot, lettre à Du Pont (1773)
    C’est au public lisant et réfléchissant qu’il faut parler, c’est à lui qu’il faut plaire, lui et lui seul qu’il faut persuader ; toutes les flagorneries aux gens en place, tous les petits détours dont en s’enveloppe pour ne pas les choquer sont une perte de temps écartant du vrai but et ne réussissant même pas à faire sur eux l’impression qu’on s’est proposée.

Recherche Google


Inscrivez-vous à ma newsletter

Powered by
FeedBurner

Blogs recommandés

Blog powered by TypePad

Merci à StatCounter


« La fraude au platonisme | Accueil | Religion et religiosité »

La république des sciences

On parle souvent en France de la "république des lettres", pour désigner le petit groupe de personnes, souvent parisiennes, qui font et défont les auteurs---ou pensent le faire. Mais la république des sciences est une réalité beaucoup plus prégnante ; Michael Polanyi l'a très bien décrite dans un essai de 1962 auquel il n'y a pas grand chose à ajouter. Au centre de son analyse figure la coordination spontanée d'agents indépendants, dont chacun réagit en permanence à la situation créée par les décisions des autres agents (ca vous rappelle  quelque chose ? ce n'est pas une coïncidence, bien sûr).

Ca ne peut évidemment pas marcher...et pourtant ca marche !  Evitons de supposer que les scientifiques ne sont mus que par l'Intérêt Général ; Smith a dit ce qu'il y avait à dire sur les marchands qui affichent de telles prétentions. Cette hypothèse est d'ailleurs inutile ; il nous suffit de supposer, ce qui est bien plus raisonnable au vu des faits, que  les scientifiques aspirent à la reconnaissance de leurs pairs. C'est effroyablement circulaire, me direz-vous.  Non, c'est simplement un système de décisions liées les unes aux autres. Pour qu'il possède un "équilibre", ou plus généralement une trajectoire bien définie, il lui faut un élément d'ancrage. Sur un marché financier, la "valeur fondamentale" d'une entreprise (soit la valeur de ses profits attendus) fournit., plus ou moins bien, cet ancrage. En science, trois principes jouent ce rôle selon Polanyi : la reconnaissance des pairs s'acquiert par des contributions

  1. plausibles---des "résultats" par trop exotiques ne seront  pas approfondis. C'est un choix raisonnable au vu de la prédominance numérique des farfelus et des escrocs sur les génies méconnus.
  2. la valeur scientifique : exactitude, importance, intérêt du sujet (plutôt vague, il faut bien l'admettre) ;
  3. originalité : seuls les résultats surprenants (mais pas totalement implausibles, voir le 1) apportent de l'information ; c'est presque une tautologie, mais il faut insister sur ce point tant le grand public semble penser que les scientifiques ne tolèrent qu'une rigide orthodoxie.

Le point faible de cette théorie est 2, je l'ai dit, surtout dans un domaine où la spécialisation est forte. Mais Polanyi explique bien comment le scientifique X forme son jugement sur le scientifique Y, dont les travaux lui sont assez hermétiques : X connaît Z, dont il a eu l'occasion d'apprécier le jugement, qui connaît... qui est à même de juger les travaux de Y. L'opinion scientifique se construit par ces réseaux.

Pourquoi relire ce texte aujourd'hui ? Tout simplement parce que les politiques francais, après avoir voulu (très justement) injecter un peu de flexibilité dans la recherche publique, semblent en être revenus à leurs vieux démons : choisissons des grands programmes (plus c'est grand et tape-à-l'oeil, mieux c'est), créons des prébendes et distribuons des centres à nos obligés. Mais la direction de la science ne se décrète pas, la description  de Polanyi montre bien pourquoi.  Retenons donc sa conclusion :

You can kill or mutilate the advance of science, you cannot shape it. For it can advance only by essentially unpredictable steps, pursuing problems of its own, and the practical benefits of these advances will be incidental and hence doubly unpredictable.

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/services/trackback/6a00d83451ba5c69e200d834a7492d69e2

Voici les sites qui parlent de La république des sciences :

Commentaires

Ce texte est réellement excellent. Deux points étonnants quand meme :

1 - Sa croyance dans le fait que les "rebelles" de la science n'ont plus de raison d'etre aujourd'hui car la science moderne accepte davantage la contradiction. Je pense que c'est a moitié vrai seulement. Pour etre plus précis il faut séparer innovations incrementales (une multitude d'innovations qui ameliorent à la marge le stock de connaissance), que le science moderne intégre bien et les innovations radicales, que le systeme décrit par Polyani a du mal à intégrer - aujourd'hui comme hier. Car vous le dites c'est aussi une protection contre les "fausses idées" - memoire de l'eau par exemple que les innovaions radicales doivent connaitre une chemin de croix plus long. Un livre excellent ("Lettres de science et d'amour") decrit remarquablement les difficultés d'Einstein à ses debuts, qu'il exprime dans des lettres d'amour à celle qui sera son epouse. Il est probable qu'il aurait les meme aujourd'hui. L'exemple sur Einstein est d'ailleurs en parti confirmé par ce que Polyani en dit dans son article...

2 - Le fait que le systeme doive surtout etre protégé des zozos, plutot que du conservatisme. Il me semble que les deux risques sont réels. Le débat sur l'enseignement de l'économie en France il y a qques années me semble l'illustrer : à l'époque il était - en gros - reproché à "l'école quantitative" de noyauter l'ensemble et de ne pas laisser assez de place à d'autres approches. Sans nier les apports et l'intéret de l'approche quanti, il me semble que le reproche n'est pas infondé.


Vérifiez votre commentaire

Aperçu de votre commentaire

Ceci est un essai. Votre commentaire n'a pas encore été déposé.

En cours...
Votre commentaire n'a pas été déposé. Type d'erreur:
Votre commentaire a été enregistré. Les commentaires sont modérés et ils n'apparaîtront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés. Poster un autre commentaire

Le code de confirmation que vous avez saisi ne correspond pas. Merci de recommencer.

Pour poster votre commentaire l'étape finale consiste à saisir exactement les lettres et chiffres que vous voyez sur l'image ci-dessous. Ceci permet de lutter contre les spams automatisés.

Difficile à lire? Voir un autre code.

En cours...

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.