Les universités américaines sont un laboratoire fascinant où s´élabore le droit, et où les grands débats sociaux prennent une ampleur inhabituelle. Harvard était la première "corporation" américaine (1636), et c'est un arrêt de la Cour Suprême sur Dartmouth College qui a reconnu la qualité de personne morale pour la première fois (1819). Je pourrais citer aussi bien sûr l'affirmative action", et plus récemment les droits des minorités sexuelles. Prenons les ennuis de l'Université de Floride. Comme à peu près toutes les universités ici, elle accorde des "benefits" aux conjoints des enseignants (par exemple, la gratuité des frais d'inscription). "Conjoint" s'est étendu à "partenaire, y compris du même sexe". Problème : qu'est-ce qui empêche le Professor Jim d'inviter son bon copain Paul (ou même un hôte payant !) à vivre chez lui, et à bénéficier ainsi d'une éducation gratuite ? Solution, dit l'Université de Floride : demander aux couples homosexuels de proclamer sur l'honneur que leurs relations "non-platoniques".
Tollé des associations homosexuelles : halte à la discrimintaion, demande-t-on aux couples hétéros d'attester qu'ils copulent régulièrement ? L'Université de Floride s'emberlificote dans une interprétation selon laquelle "non-platonique" n'implique pas "sexuel", avant qu'on ne lui apporte un dictionnaire, puis retire cette mesure... le problème reste entier, on dirait.

A partir du moment où les relations sexuelles sont fortement génératrices d'externalités, n'est pas normal qu'il y ait des mesures d'ordre public incitatives afin d'améliorer le surplus collectif ?
Rédigé par: Platon | 03 février 2006 à 13:35
Très rigolo. Ca illustre à merveille pourquoi la non-discrimination doit être absolue : toute restriction sera toujours arbitraire.
Ce qui est encore plus rigolo, c'est que l'université s'est engluée toute seule dans les marécages de la préférence sexuelle. En effet, le problème n'a rien d'"orientation-specific". Professor Jim peut tout autant inviter sa bonne amie Jenny ou une hôtesse payante. Il n'a pas besoin d'être gay (le terme correct est GLBT) pour abuser du système.
L'université pourrait être tentée de revenir en arrière et de restreindre ce benefit aux couples mariés (et/ou l'équivallent homosexuel local). On retrouverait là les vertus de l'institution du mariage : officialisation et unicité. Mais ça n'est pas parfait. Le divorce est légal. Que se passe-t-il si Professor Jim divorce et se remarie. Son ex-femme est elle virée de la fac en cours d'année?
Et il resterait de toute façon une discrimination contre les célibataires et contre les couples de profs mariés et, de façon plus générale, contre tout prof qui n'a pas de conjoint susceptible de recevoir une scolarité à l'université.
La solution équitable serait donc de donner à tout prof un bon pour frais de scolarité transferrable à la personne de son choix. Le problème est que ça coûterait trop cher à l'université. Le taux de profs ayant un conjoint étudiant dans la même université doit être assez bas (je dirais 5% au pif), une telle réforme multiplierait par 20 le coût du programme.
Si on poursuit la logique jusqu'au bout, la seule façon de ne faire de discrimination envers personne est d'abandonner totalement les benefits aux conjoints, quitte à donner à chaque prof une petite prime compensatoire.
Un peu triste, non?
Rédigé par: Xavier | 06 février 2006 à 07:38