Les créationnistes, intelligent design gnomes et al appuient leurs "arguments" notamment sur les fossile gaps : le fait par exemple qu'on n'observe pas "un nombre suffisant d'étapes entre l'animal aveugle et l'oeil humain". Comme on le voit, il suffit d´énoncer cet argument pour mettre en évidence son caractère non-réfutable et donc non-scientifique : qui va juger du caractère "suffisant"? A la limite, chaque espace entre deux fossiles peut être (et est parfois) appelé un gap. Dans ce court enregistrement audio, Richard Dawkins en tire une conséquence amusante : si on trouve un fossile dans un gap, les créationnistes jubileront puisqu'il y aura désormais deux gaps... et ainsi à l'infini. On n'est pas sortis de l'auberge...

Ca me rappelle l'histoire de Raymond Devos
"Je taillais un morceau de bois... Mon pianiste vient, il me dit:
- Voulez-vous me passer ce bout de bois, s il vous plaît?
- Lequel des deux bouts ?
- Quels deux bouts ? Je ne vois qu un bout de bois.
- Parce que vous vous exprimez mal! Parce qu un bois, ça a deux bouts. Alors il ne faudrait pas dire "un bout de bois", mais "les deux bouts d un bois"!
- Les "deux bouts d un bois"... D abord, ça sonne curieux! On entends "les deux boudins", onne sait pas s il s agit de bouts de bois ou de bouts de boudins!
- Ne plaisantons pas! S il s agissait de bouts de boudin, on dirait "les deux bouts d un boudin"! On ne dirait pas "les deux bouts d un bois"
- J ai toujours appelé un bout de bois un bout de bois, moi! Alors passez-moi ce bout de bois.
Il prend le bout, tire dessus et me dit:
- Lâchez l autre bout!
- Vous voyez bien qu il y a deux bouts!
- Bon, puisqu il y a deux bouts, gardez ce bout-ci! Moi, je garde ce bout-là! Ca nous fera chacun un bout!
- Non, ça nous fait encore chacun deux bouts! "..etc
Rédigé par: mrique | 29 décembre 2005 à 16:13
Très juste ! Un membre de ma fratrie me corrige à chaque fois que j'appelle un morceau de pain un bout de pain. Et voilà comment je suis devenu acariâtre...
Rédigé par: Bernard Salanie | 30 décembre 2005 à 05:43
Sans etre expert en topologie, n'est pas exact pour les petits pains ronds? Mais on s'egare, on s'egare.
Rédigé par: Etienne | 30 décembre 2005 à 09:25
"son caractère non-réfutable et donc non-scientifique"
Et qu'a t-on dit lorsque l'on a dit çà ? Le créationnisme peut difficilement être scientifique, puisqu'il consiste à donner un sens là où le scientifique ne peut qu'observer des évolutions.
Lorsque je vous lis écrire que cette position est non scientifique, j'ai le sentiment (peut être erronné) que vous la rejetez dès lors comme idiote, déraisonnable, voire obscurantiste.
Ce serait, et ce n'est pas digne d'un scientifique, considérer que la sciences peut tout expliquer.
Rédigé par: Créationiste? | 30 décembre 2005 à 12:11
Je ne sais pas si la science peut tout expliquer, au sens où nous disposerions un jour d'une méga-théorie qu'aucun fait observé ne viendrait réfuter. C'est une assertion métaphysique qui ne m'intéresse pas tellement. En tant que scientifique, je cherche à construire des théories qui rendent bien compte d'un maximum de faits observés, sans recourir à des arguments ad hoc. Les créationnistes disent que le programme de recherche des évolutionnistes a abouti à une impasse : il faudrait multiplier les arguments ad hoc pour l´étayer. C'est une position en principe légitime ; et elle me conduirait à abandonner la théorie de l´évolution et à en chercher une autre, de nature scientifique et ne reposant pas sur l'intervention par nature non-modélisable d'une intelligence supérieure. Mais je trouve leurs arguments vraiment très faibles, voire souvent malhonnêtes.
Rédigé par: Bernard Salanie | 31 décembre 2005 à 07:00
"Je ne sais pas si la science peut tout expliquer, au sens où nous disposerions un jour d'une méga-théorie qu'aucun fait observé ne viendrait réfuter."
Le "problème" est même plus profond. Si cette mega-théorie expliquait tout, elle ne pourrait, dans la mesure où elle est scientifique, qu'expliquer tout ce que le champ de la science peut expliquer. Mais ce champ n'est que celui des phénomènes, jamais celui du sens.
Albert Einstein disait ceci : "le plus incompréhensible, c'est que le monde soit compréhensible". La science n'épuise jamais la quête du sens, quête qu'elle ne peut pas atteindre. Les grands scientifiques des siècles passés, à l'image d'Einstein, était souvent très religieux, contrairement à ce que le constat des conflits entre la science et la religion peut laisser penser. Il est admis aujourd'hui, en tout cas dans notre civilisation judéochrétienne, que les religions n'ont pas à se mêler des sciences. Il faut aussi accepter le pendant de cette proposition, qui est que les sciences sont incapables de trouver un sens !
Ceci étant, ce sont des considérations éloignées du domaine des sciences qui est le votre...
Rédigé par: Créationiste? | 31 décembre 2005 à 12:57
O Dieu ces religieux de toute obédience et leur dégagement sur "un autre terrain" auquel bien sur nous ne pouvons rien comprendre
Rédigé par: brigetoun | 02 janvier 2006 à 15:14
c 'est le paradoxe de zénon d'élée...
Rédigé par: MIB | 03 janvier 2006 à 05:54
@ Créationniste :
Je comprend votre argument sur le domaine de la science et le domaine de la religion. Les humains se posent des questions existentielles et certains trouvent des réponses dans la religion, soit. D'autres trouvent des réponses dans l'art, la science, la philosophie, ou dans l'alcool. Peu importe (bien que la quête de sens puisse être étudiée de manière scientifique, mais je prêche pour ma paroisse de sociologue).
Votre argument n'a cependant pas de sens dans ce cas précis car la théorie de l'évolution est un compte-rendu scientifique de phénomènes observables qui ne sont pas de l'ordre du religieux. L'homme descend du singe. Toute forme vivante sur cette planète descend d'une forme primitive de bactérie. C'est comme ça. Ca ne change rien au fait que les humains doivent faire avec leurs questions existentielles.
Quelque chose qui me rend plus songeur, dans le genre, c'est la théorie du Big Bang. "Il n'y avait rien, puis tout d'un coup il y a eu une grand explosion, et de là l'univers est né", je trouve ça furieusement créationniste, pour le coup.
Rédigé par: Francois | 05 janvier 2006 à 21:59
Si vous aimez les choses un peu métaphysiques : Sakharov pensait que le vide était probablement instable... un retour à Aristote, peut-être.
Rédigé par: Bernard Salanie | 06 janvier 2006 à 07:34
Je ne suis pas un scientifique. Je profite de votre conversation pour glisser un point de vue. Que dis-je, pour formuler une requête.
Je respecte la science pour ce qu'elle est : un moyen de comprendre notre univers et d'en tirer le meilleur parti possible au service de l'humanité.
Plus que les dévoeiements observables dans les usages qui découlent des avancées de la connaissance, c'est l'omniprésence de l'arrogance scientifique que je trouve insupportable.
Pas davantage que les tenants des religions ils n'ont à prétendre avoir le dernier mot : ils devraient se contenter de nous faire part de leur vision du monde pour les uns et de leurs connaissances pour les autres ; tout en soulignant que la part de ce qui n'est pas connu est bien plus considérable que ce qui l'est. De telle sorte que l'humilité devrait prévaloir chez chacun.
Au lieu de cela, les individus se trouvent pris dans un étau dont science et religion constituent les deux machoires qui s'affrontent avec perte et fracas pour l'humanité enserrée en son milieu.
Religieux et scientifiques sont des citoyens : par delà les activités respectables qui les occupent, que ne nous invitent-ils pas plus souvent du haut de leur chaire à contempler le spectacle extraordinaire et la simplicité inouïe de ce qui apparaît pourtant comme si complexe.
Pareille merveille invite à des méditations fantastiques, qu'elle soit la création d'un Dieu ou la "simple" conséquence de l'enchainement d'une multitude de hasards et de processus évolutifs ordonnés autour de la nécessaire faculté d'adaptation. Le résultat est grandiose et à lui seul il justifie que les uns et les autres soient plus en retraits. Même si la nature à horreur du vide !
Rédigé par: Pascal | 11 janvier 2006 à 21:55