Le monde entier a été horrifié, à juste titre, par le terrible bilan du tsunami en Asie du Sud-Est. Malheureusement, le XXe siècle a prouvé à l'envi que les désastres dus à une gestion idéologique de l'économie ont des conséquences d'une ampleur bien supérieure aux catastrophes naturelles. La Corée du Nord continue cette épouvantable tradition au XXIe siècle. Il est très difficile d'obtenir des données vraiment fiables sur son économie ; ce qui est connu provient souvent de sources suspectes comme la Banque Nationale de Corée du Sud ou les récits des défecteurs (qui traversent le Yalu et se réfugient en Chine, où ils ne sont pas tirés d'affaire puisque les autorités chinoises opérent régulièrement des rafles pour les renvoyer en Corée du Nord, avec les conséquences que l'on imagine). On peut néanmoins reconstituer un panorama un peu impressionniste de la situation.
Comme toutes les économies communistes, la Corée du Nord a concentré tous ses efforts sur l'industrie lourde, avec un mode de planification particulièrement rigide. L'échec de cette stratégie a commencé à se faire sentir dans les années 80. La conséquence la plus dramatique en a été le retour de l'agriculture à des techniques de production prémodernes. La production agricole s'est effondrée, et les rations alimentaires aussi. En dehors des agriculteurs, les nord-coréens sont approvisionnés par des offices d'Etat tous les quinze jours. La ration individuelle de base, qui était d'environ 2800 kCal/jour, a été réduite de 22% en 1987, tombant à 2200 kCal/jour, soit à peu près le minimum vital selon l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture. A la fin des années 90, elle était encore inférieure d'un quart ; les femmes et les personnes âgées ne percevaient qu'une ration encore inférieure, sans parler des enfants, ou de la catégorie la moins gâtée, les prisonniers.
Lorsque l'Ethiopie ou le Soudan connaissent une famine (qui, là aussi, est souvent imputable à l'homme comme l'ont montré Jean Drèze et Amartya Sen), on peut espérer leur venir en aide ; mais que faire en Corée du Nord, face à un régime si paranoïaque qu'il encadre de manière absurdement étroite la distribution de l'aide internationale ? On s'est beaucoup moqué en France de l'expression "l'Axe du Mal" utilisée par George Bush ; mais dans le cas du pouvoir nord-coréen, ce n'est qu'un doux euphémisme.

Pourquoi ne pas appeller un chat un chat et parler clairement de dictature sanguinaire et repressive plutot que d'ideologie economique ?
Sinon une image vaut bien un long discours sur le sujet du niveau de developpement de la Coree du Nord, celle la est tres connue : http://epod.usra.edu/archive/epodviewer.php3?oid=87488
Rédigé par: guerby | 17 juin 2005 à 15:28
Dans le cas de la Corée du Nord, c'est bien une idéologie économique qui a donné naissance à une dictature sanguinaire et répressive, je crois...
Rédigé par: Bernard Salanié | 17 juin 2005 à 16:01
Pour ne pas dire qu'on ne savait pas :
http://www.hrwf.net/html/north_korea___maps_of_concentr.html
http://www.hrwf.net/html/north_korea_pictures_of_concentration_camps.html
Rédigé par: econoclaste-alexandre | 17 juin 2005 à 17:42
La dictature en Coree fut mise en place par Staline apres la fin de la deuxieme guerre mondiale (avant c'etait l'occupasion Japonaise...) et elle fut des le depart repressive et sanguinaire (purge des modérés) et provoca rapidement la guerre de Corée par une invasion du Sud, meme s'il est difficile de savoir comme toujours si la cause était intérieure ou exterieure des charmantes parties en presence (Staline et la Chine). Le pere puis le fils au pouvoir sans discontinuer, culte du chef, repression maximale, aucun liberte, bref folie meurtriere des hommes et pas grand chose a voir avec une quelconque ideologie economique.
Rédigé par: guerby | 18 juin 2005 à 09:09
Il y a eu de nombreuses dictatures meurtières dans l'histoire. La dictature n'est par définition pas propice à l'initiative privée et donc au développement économique ; mais en matière d'organisation économique, il y a dictature et dictature. La Corée du Nord a adopté une forme extrême de planification centralisée, dirigée vers l'industrie lourde, et tous les dogmes du marxisme appliqué ; tout ceci a largement survécu à la mort de Staline comme à celle de Mao (qui étaient aussi des idéologues économiques, non ?), et aux réformes qui ont suivi en URSS comme en Chine.
Rédigé par: Bernard Salanié | 19 juin 2005 à 03:59
J'estime que le pouvoir illustratif de l'experience "economique" des dictatures sanguinaires vis a vis de l'organisation economique des democraties classiques, au sens d'un respect significatif de la declaration universelle des droits de l'homme, est nul et meme plutot contre-productif a mon avis pour ceux qui defendent comme moi le droit a l'initiative privée.
Par exemple, la planification "rigide" Nord Coreenne est simplement plus dictatoriale par nature qu'autre chose, en France en 1945 pour la reconstruction il me semble qu'il y a eu une planification industrielle etatique qu'on pourrait qualifier de rigide et lourde (meme si sans doute intelligente grace au travail de Jean Monnet), mais validee tres tot par un processus democratique, et diminuee petit a petit apres au jeu de ce meme processus (meme s'il en reste encore des traces aujourd'hui :).
Laurent
Rédigé par: guerby | 19 juin 2005 à 09:50
"La ration individuelle de base, qui était d'environ 2800 kCal/jour, a été réduite de 22% en 1987, tombant à 2200 kCal/jour, soit à peu près le minimum vital selon l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture."
A Tambow, un goulag où l'on envoyait les Malgré-Nous alsaciens, la ration était de 2000kCal/jour si ma mémoire est bonne (1800 à Auschwtiz, if memory serves).
(loi de Godwin++)
Rédigé par: François | 20 juin 2005 à 08:15
Je sais que je vais m'attirer la foudre, mais... le terme "idéologie économique" n'est-il pas simplement justifié dès lors que le régime nord-coréen a une parenté avec le marxisme, qui relève d'une méthodologie économiciste ?
Je vais morfler, je le sens...
Rédigé par: Econoclaste-SM | 20 juin 2005 à 15:03
Paradoxalement, je pense qu'il faut prendre le marxisme (dans sa version leninisme et séquelles) exactement à l'inverse de ce qu'il proclame: il n'est pas une vision économique qui conduit à la dictature, mais une vision politique qui conduit à une organisation économique relayant et concentrant le plus possible le pouvoir de l'Etat. L'ultra-centralisation économique en Corée du Nord a sans doute moins à voir avec la rupture avec le capitalisme qu'avec une volonté de contrôle totale des personnes.
Rédigé par: Tonio | 22 juin 2005 à 16:25