Vous avez peut-être vu en librairie le "Petit bréviaire des idées reçues en économie". Ce livre, qui se vend apparemment très bien, est dû aux "Econoclastes". C'est, d'après Amazon, "le pseudonyme collectif d'étudiants en économie (notamment de l'université Paris-I et des Ecoles normales supérieures d'Ulm et de Cachan) qui ont critiqué en juin 2000 l'enseignement de l'économie. Ils le jugeaient "autiste" c'est-à-dire coupé des réalités, excessivement mathématisé et monolithique. Leur critique a rencontré un large écho, tant au plan national qu'international. Avec ce livre, ils poursuivent le débat." Malheureusement, leur livre montre surtout leur profonde ignorance de la science économique moderne, et d'ailleurs de toute méthode scientifique. C'est d'autant plus dommage que sur le fond, ils n'ont pas tort de regretter que l'enseignement de licence soit souvent trop coupé des illustrations.
En revanche, je vous recommande le blog Econoclaste, rédigé par trois jeunes économistes qui écrivent : "à notre sens, le bon économiste est celui qui commence par formuler plus ou moins mathématiquement sa théorie et passe au langage courant lorsque son modèle mathématique est visiblement limité pour aider à comprendre le sujet traité", ce avec quoi je suis entièrement d'accord.

D'abord, félicitation pour votre blog. Ensuite, vous avez bien raison au sujet des éconoclastes au pluriel. On a raté une belle occasion de repenser l'enseignement de l'économie, à cause d'un mélange des genres inapproprié entre réflexion pédagogique et politique. En attendant, la question demeure : qu'est-il pertinent d'enseigner à un bac+3 en économie ? Et à un bac+5 ? La volonté compréhensible de réorienter l'enseignement vers des questions plus "appliquées" ou plus "culture générale" en licence n'est-elle pas préjudiciable à la bonne formation des futurs étudiants en master ? Ne faut-il pas diversifier les formations en économie, en distinguant, d'un côté des formations plus légères et généralistes, destinées à des étudiants n'ayant pas vocation à devenir chercheur, et de l'autre des formations plus élitistes et plus intensives en formalisation pour les futurs chercheurs ? Quels doivent être les poids relatifs de l'économie et la gestion ? etc. Je n'ai pas de réponses précises, mais j'ai quand même l'impression que l'état actuel de la formation universitaire en science éco est loin d'être optimal. On trouve dans cette filière beaucoup de gens déçus, mal orientés, ou n'ayant pas le niveau.
Rédigé par: Antoine Belgodere | 04 mai 2005 à 13:19
Merci pour vos encouragements. Il me semble que compte tenu de la proportion relativement faible d'étudiants de licence qui deviendront chercheurs, l'idéal est d'introduire une formalisation minimale à ce stade, en ayant soin de toujours fournir des illustrations. C'est d'ailleurs ce que j'ai vu faire partout où j'ai enseigné aux Etats-Unis. Les étudiants plus intéressés par la recherche peuvent se voir proposer des séminaires de discussion, en attendant mieux avec les Masters.
Rédigé par: Bernard Salanié | 04 mai 2005 à 14:40