J'ai reçu de nombreux commentaires sur mon post "non au TCE". J'y ai réfléchi, et j'ai approfondi ma connaissance de l'histoire de l'intégration européenne comme des clauses "en petites lettres" du TCE.
Certains de mes amis ont déploré que je vote avec Le Pen et Laguiller. Mais Berlusconi et Haider votent oui... Conjecture : si on devait refuser de voter comme l'une quelconque des personnalités qu'on n'aime pas, le taux d'abstention serait extrêmement élevé. Je pense qu'il faut se prononcer sur ce texte en considérant de manière aussi dépassionnée que possible les conséquences des deux votes possibles (j'exclus l'abstention, qui n'est pas dans mon tempérament, vous l'avez peut-être remarqué).
Sur certains points, j'ai révisé ma position. Je pense maintenant que l'accroissement des pouvoirs du Parlement Européen (l'extension des domaines de codécision, pour parler Eurocrate) est plus important que ce que j'en avais perçu au départ ; et c'est un point positif. En revanche, j'ai eu des surprises négatives concernant les nouvelles règles de vote au Conseil.
Beaucoup dépend de ce qu'on anticipe en cas du victoire du "non". Une renégociation du TCE serait évidemment très délicate, et je ne la souhaite pas. Je continue à penser qu'en cas de "non" français (ou britannique, ou tchèque, ou même néerlandais !), les gouvernements se réuniront pour sauver certains éléments, comme les nouvelles règles de vote. C'est par exemple l'opinion du Center for European Reform, qui se décrit comme un think-tank (londonien) "pro-European but not uncritical", ce qui correspond assez bien à ma propre position. L'Europe pourrait alors continuer à fonctionner, et un véritable débat sur le fond s'instaurer ; je suis bien conscient qu'un tel débat peut prendre plusieurs années, mais je crois qu'il est nécessaire.
Depuis 1950, l'Europe est un projet des élites, surtout en France. Les conséquences en ont été globalement positives, je suis le premier à l'admettre. Les gouvernements les plus faibles d'Europe, l'Italie en toutes circonstances et la France depuis la fin des grandes oppositions idéologiques vers la moitié des années 80, ont utilisé l'excuse des fameuses "directives européennes" pour faire passer des mesures de libéralisation qu'ils n'avaient pas le courage de prendre eux-même. Symétriquement, ils ont régulièrement imputé à l'Union Européenne l'échec de mesures (comme le serpent de mer des grands travaux publics) qu'ils ne voulaient aucunement voir adopter. Je n'ai jamais bien compris comment cela avait pu "passer" pendant quinze ans auprès d'un électorat français traditionnellement très soupçonneux ; mais il est clair aujourd'hui que cela ne "passe" plus. Je préfèrerais que les Français se convertissent au libéralisme, et je fais ce que je peux en ce sens. Mais ce n'est pas gagné, et je pense qu'il faut respecter les préférences de l'électorat et abandonner ce mode de délégation des décisions à des "philosophes-rois". Le Parlement Européen aurait pu jouer le rôle de porte-parole des électorats nationaux ; mais le spectacle qu'il donne n'est guère convaincant. Les optimistes pensent que l'accroissement de ses pouvoirs y attirera des politiciens de plus de poids. Je n'y crois pas trop ; les carrières politiques se feront encore pour longtemps dans les capitales des Etats. Pensez à Brigitte Fontaine, qui a sombré dans l'oubli depuis son retour à Paris.
On m'objecte qu'un vote négatif amènera un "coup de frein" ; c'est certain. Mais
- l'intégration économique est largement réalisée, sauf dans les services où je ne la vois pas ressurgir de sitôt ;
- je ne souhaite pas d'harmonisation sociale qui, en imposant par exemple un salaire minimum européen, freinerait le développement des Etats les plus pauvres et dénierait à tous les bénéfices des avantages comparatifs ;
- je ne crois guère à une politique étrangère commune, et encore moins à une défense commune ("la politique se construit sur des réalités", disait de Gaulle) ;
- les gouvernements les plus puissants (Blair, Chirac et Schröder) ont annoncé leur intention de demander des coupes claires dans le budget de l'Union, si bien qu'un retrenchment est dans les cartes quoi qu'il arrive.
Je pense donc que tout ceci peut être mis en sommeil pendant plusieurs années sans grand dommage.
Un de mes contradicteurs (et néanmoins ami) m'écrit "l'incertitude est si grande que l'évaluation absolue et déterministe me paraît de plus en plus douteuse". Il a parfaitement raison ; je suis bien incapable d'assigner des probabilités et des valeurs à tous les éléments de mon jugement global. Mais il faudra bien voter le 29 mai ; tout bien considéré, je maintiens mon vote négatif... et je passe à autre chose. Que le "oui" ou le "non" l'emportent, je suis persuadé que les conséquences seront beaucoup moins dramatiques qu'on n'essaie souvent de nous le faire croire. Et il y a bien d'autres sujets intéressants auxquels consacrer ce blog !

"il faut respecter les préférences de l'électorat et abandonner ce mode de délégation des décisions à des "philosophes-rois""
Vous ne voterez donc jamais pour le PPR : http://phnk.com/scpo/ppr/
Rédigé par: François | 14 mai 2005 à 16:53
brigitte fontaine....elle fait pas l'olympia ?..à moins que ce ne soit Nicole ;-)...
Bon, si on parlait confiance...vous avez confiance dans l'euro vous ? il prévoit quoi le texte, sur la politique monétaire....Moi, pour avoir confiance dans une monnaie, j'aime bien que celle-ci soit celle d'un etat représenté par un "vrai" président (pas un type préoccupé par des affaires nationales qui change tous les 6 mois..), avec une armée...
Bizarrement, je n'ai aucun doute que dans 20 ans, les etats unis et le dollar existeront. Alors que j'ai des doutes (meme léger, mais j'en ai), sur l'avenir de l'union et de l'euro...
Rédigé par: bart | 15 mai 2005 à 06:59