Quand on voit les performances des représentants de la "société civile" (un concept marxiste revu par Gramsci qui a connu diverses vicissitudes sémantiques) au gouvernement, on en vient presque à regretter les professionnels de la politique. L'INSEE publie un chiffre de croissance de 0,2% au premier trimestre ; mais tout va bien, le gouvernement maintient son "intervalle de prévision", soit entre 2% et 2,5% en 2005. L'"acquis de croissance" (c'est-à-dire la croissance qu'on aurait en 2005 en cas de croissance nulle sur les trois prochains trimestres) est de 1,0% selon l'INSEE ; autant dire que pour arriver à 2%, il faudrait une croissance moyenne de 2,7% en rythme annuel sur les 9 mois à venir. C'est possible, mais assez peu probable.
Pas grave, nous dit le ministre : les premières estimations de l'INSEE sont toujours révisées, et la marge d'erreur moyenne est de 0,4%. C'est parfaitement exact : tous les instituts nationaux de statistique accumulent avec le temps de nouvelles informations qui les conduisent à réviser leurs estimations de croissance: le chiffre définitif de croissance en 2005 ne sera connu qu'en mars 2009, je crois. On peut facilement calculer qu'avec une telle marge d'erreur (héroïquement supposée normale et non autocorrélée), l'intervalle de confiance à 95% de l'acquis de croissance à la fin du premier trimestre 2005 s'étend entre 0,2% et 1,8%. Mieux : si le chiffre annoncé par l'INSEE pour le deuxième trimestre 2005 s'avère supérieur à 0,2%, le ministre pourra annoncer fièrement que son intervalle de prévision intersecte l'intervalle de confiance de l'acquis. Les communiqués de Bercy vont bientôt passionner les statisticiens...

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