Je n'ai pas très envie d'épiloguer sur le rejet du TCE. Mais je ne peux pas m'empêcher de spéculer (c'est une métaphore) sur l'avenir de l'Union Economique et Monétaire. On savait depuis le début que l'UEM serait mise en danger par des "chocs asymétriques" comme la réunification allemande, qui avait vigoureusement relancé la demande en Allemagne, mais pas en France par exemple ; à l'époque (pré-UEM), les tensions résultantes avaient mis à mal le Système Monétaire Européen. Mais les partisans de l'UEM avaient beau jeu d'arguer que de tels chocs asymétriques étaient rarissimes, et qu'en tout état de cause, la discipline induire par l'UEM ferait rapidement converger les situations économiques des Etats membres.
Six ans après que les parités ont été figées, où en sommes-nous ? Ce graphique saisissant publié par l'OCDE montre l'ampleur du problème. Le coût unitaire de production (soit le coût total de production d'un panier de biens donné) a augmenté de 10% de plus en Espagne, et de 20% de plus en Italie, qu'en France et en Allemagne. L'Italie est dans une situation très inquiétante : les prix et les salaires y augmentent plus rapidement que dans les autres pays de la zone Euro, et sa productivité stagne. Il faudra bien que les coûts réels baissent. La dévaluation était le moyen traditionnellement utilisé par l'Italie (et par la France jusqu'en 1987) pour y parvenir "en douceur". Comme cette solution n'existe plus, il faudra que l'Italie se résolve tôt ou tard à une "désinflation compétitive" comme celle que la France a mis en œuvre dans les années 80. Mais connaissant l'inefficacité du processus politique en Italie, je crains que les Italiens ne rentrent dans un long tunnel, avec ou sans Berlusconi.

Le lien sur le graphique ne fonctionne pas (chez moi en tout cas)
Rédigé par: Antoine belgodere | 29 mai 2005 à 19:28
Curieux ; il marche pour moi (en me mettant dans la position d'un lecteur extérieur), bien que le graphique mette trente secondes à s'afficher. La note d'où je l'ai extrait est sur
http://www.oecd.org/dataoecd/14/9/34911415.pdf
Rédigé par: Bernard Salanié | 30 mai 2005 à 03:30
Ah merci. Cette baisse récente du salaire réel horaire en zone euro m’avait échappée. Votre argument, en filigrane, est que l’euro est voué à disparaître. Que l’Eurozone ne soit pas une ZMO, ce n’est pas très inédit. Mais il faut tenir compte d’un problème de path-dependency. Ne pas faire l’Euro ou abandonner l’Euro après l’avoir fait, ça ne débouche pas sur la même situation. Il y a une chose qui est peu remise en cause, au sujet de la BCE, c’est sa crédibilité en matière de stabilité des prix. Quand le FMI et l’OCDE la presse de baisser son taux directeur (déjà négatif en termes réels), c’est le signe que Trichet n’est pas praticien du populisme macroéconomique.
Qu’en serait-il en cas de retour au franc ? Tout dépend de qui propose cet abandon de l’Euro et de quel statut on donne à la nouvelle BDF. Si c’est Emmanuelli qui obtient le retour au franc, en réclamant un contrôle des élus sur la politique monétaire, on risque soit une période de forte inflation, soi une prime de risque asphyxiante pour l’économie.
Rédigé par: Antoine belgodere | 30 mai 2005 à 07:50
Antoine, je crois que vous avez posté votre commentaire sur la mauvaise nouvelle ; mais peu importe. Je ne crois pas que la stagnation/baisse des salaires réels dans la zone Euro soit une raison de remettre en cause l'UEM. Quant à une baisse des taux de la BCE, les entreprises allemandes bien notées empruntent aujourd'hui à 4%, ce qui n'est vraiment pas excessif. Je suis beaucoup plus préoccupé par la divergence très forte entre Espagne-Italie (et Portugal, me dit-on) et Allemagne-France. C'est ce genre de fracture qui peut faire éclater la zone Euro---et, comme vous, je ne pense pas que ce serait une bonne nouvelle maintenant qu'elle existe.
Rédigé par: Bernard Salanié | 30 mai 2005 à 08:22
Paru sur un journal allemand le lendemain de ce commentaire : Stern report that discussions took place last week between Finance Minister Hans
Eichel, Bundesbank President Axel Weber and economists on a possible failure of European Monetary Union. Stern magazine's
report quoted an economist, who it said took part in the meeting.`I cannot comment on whether there was a meeting or not.What I can say and have written about extensively over the past year is that I am worried about the long-term viability of the euro: The referendum in France confirms that Europe is on a slippery slope towards disintegration and instability. ``I worry about a return of protectionism, a slowing of reforms and the de-facto death of the stability pact.
``Italy is in recession and is rapidly losing
competitiveness. The response is likely to be fiscal expansion. ``Increasing political and economic divergences imply that
somewhere down the road it might all `blow up.' I'm not saying it should or will, but the risk of a euro wreckage has risen significantly.''
Rédigé par: selby | 01 juin 2005 à 06:41