Je suis heureux d'annoncer urbi et orbi la parution de la deuxième édition de mon manuel The Economics of Contracts: A Primer. J'ai revu, mis à jour et amélioré (j'espère) tous les chapitres. Pour en savoir plus...
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Je suis heureux d'annoncer urbi et orbi la parution de la deuxième édition de mon manuel The Economics of Contracts: A Primer. J'ai revu, mis à jour et amélioré (j'espère) tous les chapitres. Pour en savoir plus...
17 avril 2005 dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
L'un des arguments avancés en France à propos de la ratification de la Constitution Européenne est qu'elle donne un poids plus important à la France dans les décisions que le traité de Nice, qui resterait en vigueur (au moins dans l'attente d'un nouveau projet) si le non l'emportait. C'est évidemment un peu paradoxal, dans la mesure où le traité de Nice a été négocié en février 2001 sous la présidence française ; le président Chirac qualifiait ainsi le sommet de Nice à l'époque :
un très grand sommet par l'ampleur et la complexité des problèmes réglés.Mais assez de rappels historiques cruels ; tournons-nous vers la théorie des jeux. Il s'agit de mesurer le poids de la France dans le processus de prise de décisions de l'Union sous divers traités. La théorie des jeux coopératifs offre plusieurs réponses, dont la plus populaire est la valeur de Shapley. Son calcul est un sujet d'étude que j'ai autrefois donné à des étudiants ; pour la définition et la formule, voir ici. L'idée sous-jacente est simple : la valeur de Shapley d'un pays de l'Union Européenne est un nombre compris entre zéro et un qui mesure sa capacité à être pivotal, c'est-à-dire à transformer en s'y joignant un groupe de pays minoritaire en un groupe majoritaire. Les pays pivotaux, comme certains partis dans les élections à la proportionnelle, peuvent vendre cher leur participation à une coalition. Il est donc logique de mesurer le poids décisionnel d'un pays en dénombrant les situations où il est pivotal. En fait, la valeur de Shapley est la seule mesure du poids décisionnel qui satisfasse certaines conditions assez naturelles.
Dès les débuts du Marché Commun, les différents membres ont disposé d'un nombre de voix qui dépendait de leur taille de manière croissante, mais évidemment non proportionnelle. Dans l'Europe des Six initiale, le Luxembourg n'avait ainsi qu'une voix...et curieusement, il n'était pivotal dans aucune coalition possible, si bien que sa valeur de Shapley était nulle. Dans l'Europe des 15, les quatre grands (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie) disposaient chacun d'une valeur de Shapley de 0,117, les Pays-Bas de 0,06, et le Luxembourg de 0,02. Avec le traité de Nice, les choses se sont compliquées puisqu'une décision du Conseil ne pouvait plus être adoptée qu'avec une "triple majorité" :
Le traité constitutionnel proposé au suffrage des Français le 29 mai abandonne la distribution de quotas de voix. Il repose sur une règle de double majorité : une décision doit être soutenue par au moins 55% des Etats membres, regroupant au moins 65% de la population de l'Union. Les grands pays ont donc toujours plus de poids, mais seulement en ce qu'une coalition qui les comprend atteint plus facilement le seuil de 65% de la population.
On trouve facilement sur le Web les valeurs de Shapley pour l'Union à 27 (soit les 25 actuels plus la Bulgarie et la Roumanie, dont l'arrivée en 2007 ou un peu plus tard paraît de plus en plus probable). Le tableau ci-dessous est adapté d'un article de Iain Paterson, de Vienne.
|
Pays
|
Part de la population
|
Shapley (Nice)
|
Shapley (Constitution)
|
|
Allemagne
|
0,171
|
0,087
|
0,163
|
|
France
|
0,123
|
0,087
|
0,109
|
|
Royaume-Uni
|
0,123
|
0,087
|
0,108
|
|
Italie
|
0,118
|
0,087
|
0,104
|
|
Espagne
|
0,086
|
0,080
|
0,074
|
|
Pologne
|
0,079
|
0,080
|
0,068
|
|
Roumanie
|
0,045
|
0,040
|
0,042
|
|
Pays-Bas
|
0,033
|
0,037
|
0,033
|
|
Grèce
|
0,023
|
0,034
|
0,024
|
|
Portugal
|
0,022
|
0,034
|
0,023
|
|
Belgique
|
0,021
|
0,034
|
0,023
|
|
Rép. tchèque
|
0,021
|
0,034
|
0,023
|
|
Hongrie
|
0,021
|
0,034
|
0,023
|
|
Suède
|
0,019
|
0,028
|
0,021
|
|
Autriche
|
0,017
|
0,028
|
0,020
|
|
Bulgarie
|
0,016
|
0,028
|
0,019
|
|
Danemark
|
0,011
|
0,020
|
0,015
|
|
Slovaquie
|
0,011
|
0,020
|
0,015
|
|
Finlande
|
0,011
|
0,020
|
0,015
|
|
Irlande
|
0,008
|
0,020
|
0,013
|
|
Lithuanie
|
0,007
|
0,020
|
0,012
|
|
Lettonie
|
0,005
|
0,011
|
0,011
|
|
Slovénie
|
0,004
|
0,011
|
0,010
|
|
Estonie
|
0,003
|
0,011
|
0,009
|
|
Chypre
|
0,002
|
0,011
|
0,008
|
|
Luxembourg
|
0,001
|
0,011
|
0,008
|
|
Malte
|
0,001
|
0,008
|
0,008
|
Ce tableau est un peu rébarbatif, mais il montre que le projet de Constitution accroît bien de manière notable (environ un quart) le poids décisionnel de la France. C'est d'ailleurs le cas pour les quatre grands ; cette évolution se fait notamment au détriment des pays de taille moyenne (Pays-Bas, Belgique, pays scandinaves). Mais c'est essentiellement l'Allemagne qui bénéficierait de la ratification, avec un quasi-doublement de son poids décisionnel. Aurions-nous encore une fois travaillé pour le roi de Prusse ? Il ne faut pas trop lire dans ces chiffres : ils négligent le rôle de l'alliance traditionnelle entre France et Allemagne par exemple. Ils aident néanmoins à comprendre l'exclamation de Joschka Fischer, le ministre des affaires étrangères allemand, qui disait il y a quelques jours :
C'est la vie de l'Europe qui est en jeu. Il faut dire oui car, si nous restons avec le traité de Nice, c'est la fin de l'Union européenne.
La fin de l'UE, peut-être pas ; une occasion ratée pour l'Allemagne, sans doute.
17 avril 2005 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (1)
Jacques Chirac va-t-il déshériter sa fille ? La question se pose, après le pénible spectacle de l'émission d'hier soir, fruit direct de l'imagination fertile de Claude Chirac. Le président n'a jamais été qu'un Européen bien tiède, au regard de ses deux prédecesseurs. Son discours le plus remarquable sur ce sujet restera sans doute l'"appel de Cochin", lancé en 1978 afin de mobiliser l'opinion contre l'élection du Parlement Européen au suffrage universel. On trouve facilement ce texte sur le Web. Je voulais n'en citer, comme tout le monde, que le célèbre paragraphe que j'ai mis en italiques ; mais à relire cet appel, la permanence de certains thèmes dans la pensée de cet homme que l'on dit inconstant m'a frappé. Je livre donc le texte en son entier.
Il est des heures graves dans l'Histoire d'un peuple, où sa sauvegarde tient toute dans sa capacité de discerner les menaces qu'on lui cache. L'Europe que nous attendions et désirions, dans laquelle pourrait s'épanouir une France digne et forte, cette Europe, nous savons depuis hier qu'on ne veut pas la faire. Tout nous conduit à penser que, derrière le masque des mots et le jargon des technocrates, on prépare l'inféodation de la France, on consent à l'idée de son abaissement.
En ce qui nous concerne, nous devons dire NON.
En clair, de quoi s'agit-il ? Les faits sont simples, même si certains ont cru gagner à les obscurcir. Une Europe fédérale ne manquerait pas d'être dominée par les intérêts américains. C'est dire que les votes de majorité, au sein des institutions européennes, en paralysant la volonté de la France, ne serviront ni les intérêts français, bien entendu, ni les intérêts européens. En d'autres termes, les votes des 81 représentants français pèseront bien peu à l'encontre des 329 représentants de pays eux-mêmes excessivement sensibles aux influences d'outre-Atlantique. Telle est bien la menace dont l'opinion publique doit être consciente. Il est de fait que cette Communauté — en dehors d'une politique agricole d'ailleurs menacée — tend à n'être, aujourd'hui, guère plus qu'une zone de libre-échange favorable peut-être aux intérêts étrangers les plus puissants, mais qui voue au démantèlement des pans entiers de notre industrie laissée sans protection contre des concurrences inégales, sauvages, ou qui se gardent de nous accorder la réciprocité. On ne saurait demander aux Français de souscrire ainsi à leur asservissement économique, au marasme et au chômage. Dans la mesure où la politique économique propre au gouvernement français contribue pour sa part aux mêmes résultats, on ne saurait davantage lui obtenir l'approbation sous le couvert d'un vote relatif à l'Europe. La politique européenne du gouvernement ne peut, en aucun cas, dispenser la France d'une politique étrangère qui lui soit propre. L'Europe ne peut servir à camoufler l'effacement d'une France qui n'aurait plus sur le plan mondial ni autorité, ni idée, ni message, ni visage. Nous récusons une politique étrangère qui cesse de répondre à la vocation d'une grande puissance, membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations-Unies et investie de ce fait de responsabilités particulières dans l'ordre international.
C'est pourquoi nous disons NON.
NON à la politique de supranationalité.
NON à l'asservissement économique.
NON à l'effacement international de la France.
Favorables à l'organisation européenne, oui, nous le sommes pleinement. Nous voulons, autant que d'autres, que se fasse l'Europe. Mais une Europe européenne où la France conduise son destin de grande nation. Nous disons non à une France vassale dans un empire de marchands, non à une France qui démissionne aujourd'hui pour s'effacer demain. Puisqu'il s'agit de la France, de son indépendance et de son avenir, puisqu'il s'agit de l'Europe, de sa cohésion et de sa volonté, nous ne transigerons pas. Nous lutterons de toutes nos forces pour qu'après tant de sacrifices, tant d'épreuves et tant d'exemples, notre génération ne signe pas, dans l'ignorance, le déclin de la Patrie.
Comme toujours quand il s'agit de l'abaissement de la France, le parti de l'étranger est à l'œuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l'écoutez pas. C'est l'engourdissement qui précède la paix de la mort.
Mais comme toujours quand il s'agit de l'honneur de la France, partout des hommes vont se lever pour combattre les partisans du renoncement et les auxiliaires de la décadence. Avec gravité et résolution, je vous appelle dans un grand rassemblement de l'espérance, à un nouveau combat, celui pour la France de toujours dans l'Europe de demain.Le premier thème évident dans cet appel est l'antiaméricanisme. C'est un thème constant chez Chirac. L'apogée de ses deux présidences aura sans doute été pour lui le 14 février 2003, quand Dominique de Villepin fut applaudi au Conseil de Sécurité pour son opposition à la guerre en Irak (à Tel Aviv, où j'étais ce jour-là, il ne se trouvait pas grand monde pour applaudir). Il l'a repris hier soir dans son "introduction géopolitique" :
Il y avait deux solutions. La solution du laisser-aller, c'est-à-dire une solution conduisant à une Europe poussée par le courant ultralibéral, anglo-saxonne, atlantiste. Ce n'est pas celle que nous voulons. La deuxième voie, c'est une Europe humaniste, mais qui, pour imposer son humanisme, doit être organisée, forte. Il lui faut évidemment des règles. Ces règles, c'est la Constitution.L'Europe constitutionnalisée, c'est donc la réponse pour lui aux Etats-Unis. Le thème de la lutte contre ce qu'on n'appelait pas encore l'ultralibéralisme aussi est clair dans l'appel de Cochin. Ce n'est pas que Jacques Chirac n'ait rien appris en vingt-sept ans :
Le développement des marchés que permettent certaines délocalisations est extrêmement positif pour les créations d'emplois en France. Ca aussi, c'est la vérité !Greg Mankiw, le principal conseiller économique du président Bush, a été muselé pour moins que cela.
En revanche, aucune évolution sur la Politique Agricole Commune. Elle nous "rapporte" dix milliards et demi d'euros, dit-il (on sait ce que j'en pense, voir le chapitre 7 de mon livre), nous nous battrons bec et ongles pour les garder :
Si, demain, nous ne sommes plus dans le jeu, la grande majorité des pays européens vont nous dire : "Très bien, il n'y a plus de PAC. Dix milliards et demi d'euros ! Nous n'avons pas assez d'argent pour le développement, nous reprenons tout cela." Et nous ne pourrons pas évidemment nous y opposer. Seule notre puissance politique, la puissance de la France, au sein de l'Europe, nous permet de défendre nos intérêts. Si, demain, nous avons voté non, quelle va être la puissance de la parole française ?On remarquera le lapsus très révélateur de ce président qui prêche l'aide aux pays pauvres dans les enceintes internationales : de son propre aveu, l'argent consacré à la PAC ne doit surtout pas être "repris" pour le développement.
Si la Constitution européenne doit nous permettre de nous opposer aux Etats-Unis, ce n'est évidemment pas en contraignant notre politique étrangère ; le président l'a exprimé sans précautions verbales :
J'ai essayé de vous expliquer que le Ministre des Affaires étrangères a pour vocation d'exprimer, lorsqu'elle existe, avec force et avec la puissance que confère l'Union, les positions de l'Union européenne. Naturellement, puisque ce sont des décisions qui se prennent au Conseil des ministres, je dirai à l'unanimité en fait, s'il n'y a pas une position commune comme l'évoquait tout à l'heure Monsieur CHAIN pour l'affaire de l'Iraq, et bien le malheureux Ministre des Affaires étrangères ne pourra évidemment pas exprimer une position commune. Sur ce point, c'est un progrès important qui va donner à l'Union la possibilité au lieu de se braquer dans un sens ou dans un autre, de faire un effort diplomatique pour une conception commune, mais cela n'empêchera jamais les pays de l'Union et en particulier la France, de défendre leurs points de vues lorsqu'ils estiment que c'est essentiel.J'essaie d'éviter de caricaturer, mais le reste est bien faiblard, voire franchement dérisoire :
Il y a un certain nombre de principes forts, qui sont dans la Constitution et qui doivent inspirer toutes les politiques, et c'est la première fois. Par exemple, l'égalité homme-femme.Je suis un ardent partisan de l'égalité hommes-femmes, mais en quoi relève-t-elle de l'Union ? L'égalité hommes-femmes figure dans la Constitution Française depuis belle lurette ; et si Jacques Chirac veut faire quelque chose pour les femmes françaises, il n'a aucunement besoin de demander une autorisation à Bruxelles.
Ce qui demeure dans la pensée chiraquienne, de 1978 à 2005, c'est le désir, que nous reprochent souvent nos partenaires, de réduire l'Europe à un mécanisme destiné à rendre plus efficace la défense des intérêts et du fameux rôle international de la France face aux Etats-Unis. Si on peut prendre quelques sous au passage pour subventionner nos agriculteurs, tant mieux ; et s'il faut pour compenser tout cela accepter la dérégulation des services publics, tant pis. L'ennui, c'est que ce discours n'a visiblement pas grande prise sur les Français et sur ces 83 jeunes en particulier. Jacques Chirac semble s'en être finalement aperçu hier soir, ce qui l'a amené à conclure sur cet aveu pathétique :
Nous avons une jeunesse, nous avons un peuple, malgré ses difficultés, toutes celles que l'on connaît et que je ne sous-estime pas, qui a lieu, au total, d'être tout de même fier d'être Français et qui peut avoir l'ambition d'être un conducteur et qui risque de se mettre à la remorque. Je vais vous dire, très franchement, je ne le comprends pas et ça me fait de la peine.Oserai-je une explication, monsieur le président ? Il y a 10% de chômage en France, et plus de 20% chez les jeunes. Vos conseillers peuvent sûrement vous préparer un dossier là-dessus.
Oui, vraiment, c'était pénible à voir.
17 avril 2005 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
De telles baisses d'impôt sont utilisées depuis longtemps pour relancer une activité économique grippée. Aux Etats-Unis, elles ont les faveurs des Républicains (Reagan a mis en œuvre une baisse d'impôt de 1,4% du PIB en 1981), mais également de certains Démocrates (Jack Kennedy : 1,9% du PIB en 1964). George W. Bush en est cependant le recordman, avec 0,8% du PIB en 2001, puis 0,6% en 2002 et 0,6% en 2003. Les détracteurs de ces mesures remettent en cause leur efficacité. Ils s'appuient sur les théories du revenu permanent ou du cycle de vie. Ces théories partent de l'observation que les revenus qu'une personne reçoit au cours de sa vie fluctuent beaucoup : ils sont faibles au début d'une carrière, puis plus importants, et baissent lors de la retraite. Mais l'introspection et l'observation montrent que chacun d'entre nous préfère s'assurer un niveau de vie relativement stable. Pour ce faire, nous épargnons quand nos revenus nous le permettent, et nous empruntons (je reviendrai là-dessus) quand nos revenus sont trop faibles pour nous assurer le niveau de vie auquel nous sommes habitués. Si nous recevons un chèque de 600 dollars du gouvernement, nous calculerons l'amélioration permanente de niveau de vie que ce cadeau nous permet---disons 30 dollars par an---et nous n'augmenterons notre consommation que de ces 30 dollars dans l'année, en épargnant l'essentiel, soit 570 dollars. Selon ces théories, une baisse d'impôt ne permet donc d'obtenir qu'une très faible relance de la consommation.
Nombre d'économistes répondent qu'il est très irréaliste de supposer que tous les consommateurs ont une telle facilité à "lisser" leur consommation. Seules les personnes suffisamment aisées peuvent obtenir des prêts à la consommation facilement (c'est-à-dire à des taux d'intérêt comparables à ceux qu'elles perçoivent sur leur épargne). Selon la théorie, un employé débutant devrait pouvoir obtenir un prêt de sa banque en arguant de ses bonnes perspectives de carrière ; chacun sait que c'est un peu plus difficile. Les gens qui sont ainsi "contraints par la liquidité" ne lissent pas ou peu leur consommation : ils n'ont quasiment pas d'épargne et leur consommation suit étroitement l'évolution de leur revenu. S'ils reçoivent un chèque de 600 dollars, ils le dépenseront très rapidement.
Le seul moyen de départager ces deux écoles est empirique. On pourrait par exemple regarder l'évolution de la consommation des Américains en 2000-2002, telle qu'elle apparaît dans ce tableau (où je n'ai retenu que la consommation des biens non-durables, qui est par nature moins erratique) :
|
Trimestre
|
Taux de croissance annualisé en %
|
|
2000-1
|
0,3
|
|
2000-2
|
5,7
|
|
2000-3
|
2,3
|
|
2000-4
|
3,7
|
|
2001-1
|
0,5
|
|
2001-2
|
-0,1
|
|
2001-3
|
2,4
|
|
2001-4
|
4,9
|
|
2002-1
|
3,8
|
|
2002-2
|
0,8
|
|
2002-3
|
-0,6
|
|
2002-4
|
5,3
|
On voit bien sur ces chiffres le net ralentissement de la consommation dans la première moitié de 2001 et sa vigoureuse reprise dans la seconde moitié de l'année. Mais il est difficile de savoir quelle part de cette reprise peut être mise au compte des baisses d'impôts : de nombreux autres facteurs (comme une reprise générale déjà en train, ou d'autres facteurs que nous ne comprenons pas) peuvent l'expliquer, au moins en partie. Après tout, nous ne comprenons pas bien pourquoi la consommation a été aussi dynamique au deuxième trimestre 2002, par exemple. Même si on dispose de données portant sur un échantillon représentatif, comme celles du Consumer Expenditure Survey (CES), la même objection s'élèvera toujours---même si on peut cette fois comparer les évolutions des consommations de différents types de ménages et en tirer des conclusions utiles.
Heureusement, le programme d'envoi des chèques de remises d'impôts du troisième trimestre 2001 avait une particularité très utile pour les économètres : la date à laquelle un ménage donné a reçu son chèque était fonction du deuxième chiffre de son numéro de Sécurité Sociale, qui est parfaitement aléatoire (comme les deux chiffres supplémentaires en France). Comme ces dates s'étendaient sur une période assez longue (dix semaines), on peut espérer voir directement si la reprise de la consommation des ménages qui ont reçu leur rebate dans la première semaine du programme est intervenue plus tôt que celle des ménages qui ont reçu leur chèque plus tard. Pour ce faire, David Johnson (Bureau of Labor Statistics), Jonathan Parker (Princeton University) et Nicholas Souleles (University of Pennsylvania) ont obtenu que les enquêtes du CES de fin 2001 et 2002 comprennent des questions supplémentaires portant sur la date et le montant des rebates reçues.
L'article (NBER WP 10784) qu'ils ont consacré à cette "expérience naturelle" montre que les ménages qui ont reçu un chèque en ont dépensé 20 à 40% en biens non-durables dans le trimestre suivant, et encore environ 30% dans le trimestre d'après. Ces chiffres sont assez imprécis, comme souvent dans ce genre de démarche ; mais ils suggèrent qu'une proportion importante d'Américains fait face à des contraintes de liquidité. Les trois auteurs observent d'ailleurs que l'augmentation de la consommation liée à la baisse d'impôt s'est concentrée sur les ménages qui ont un revenu assez bas et qui disposent de peu d'actifs liquides, ce qui est conforme à la théorie des contraintes de liquidité.
En définitive, Johnson, Parker et Souleles concluent que les 38 milliards de dollars consacrés à cette baisse d'impôt par le gouvernement américain---soit 7,5% de la consommation trimestrielle de biens non-durables---ont accru ce poste de dépenses des consommateurs de 2,9% au troisième trimestre 2001, et encore de 2% au dernier trimestre. Des effets de cette magnitude ont certainement contribué à hâter la fin de la récession. Il serait naturellement abusif d'étendre ce résultat aux deux autres tax cuts de 2002 et 2003, qui étaient plus dirigées vers les couches supérieures. Leur objectif était d'ailleurs plus "structurel" (ou idéologique) : pour parler crûment, il s'agissait de stimuler l'investissement en mettant l'argent entre les mains de ceux qui ont prouvé par le passé leur capacité à le faire fructifier. J'ai des doutes sur l'équité comme sur l'efficacité de cette stratégie, mais c'est une autre histoire. En tout état de cause, les conclusions de l'article présenté ici ont certainement une utilité pour la France comme pour les Etats-Unis.
17 avril 2005 dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Si le président est déçu par les jeunes, la France d'en haut en général est déçue par les partisans du non. La "chronique politique" de Patrick Jarreau dans Le Monde de ce soir en est une illustration effarante. Après des développements fielleux, il conclut par cette phrase qui figurera peut-être dans les manuels un jour : "Il incombe aux socialistes d'aujourd'hui de savoir s'ils veulent céder à l'intimidation d'un nouvel intégrisme révolutionnaire et national". M. Jarreau croit-il vraiment que sa philippique va convaincre un socialiste partisan du non de voter pour le oui ? Il semble plutôt qu'il exprime ainsi la déception des élites (autoproclamées, en l'occurrence) devant le tour pendable que le peuple s'apprête (peut-être !) à leur jouer. On a de la peine pour lui. Je ne sais toujours pas si je vais voter oui ou non, mais je conçois que l'idée de voter avec M. Jarreau puisse avoir un effet dissuasif.
17 avril 2005 dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
La campagne référendaire en cours semble stimuler le personnel politique, qui donne libre cours à son penchant pour l'exagération manifeste. Talleyrand disait que "tout ce qui est excessif est insignifiant". C'est une saine devise ; mais elle ne vaut que pour la vie privée. Dans la vie publique, chaque nouvelle absurdité proférée avec le plus grand sérieux augmente encore un peu plus le discrédit de la classe politique, et donc sa capacité de leadership.
Après mûre réflexion, je pense que mon seul moyen de lutter contre cette tendance délétère est de "punir" les coupables dans la mesure de mes faibles moyens. Je lance donc aujourd'hui le Concours de l'Enormité Politique la plus Lamentable. Le règlement en est très simple :
A ce stade, tiennent la corde :
Vos suggestions sont bien sûr bienvenues.
17 avril 2005 dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (1)
On trouve de tout à la librairie de la Documentation Française (29, quai Voltaire, Paris 7e). Cette semaine, on solde "Mai 1981, Mitterrand président", de Noël Nel. De 95 francs il y a dix ans, son prix est passé à un euro. Qu'on n'y voie surtout aucun symbole ; mais à ce prix, c'est une affaire puisque toute une époque défile dans ces pages. La gauche regrettait la médiatisation croissante de l'élection et s'insurgeait contre le giscardisme qu'elle prêtait au trio télévisuel Cavada-Duhamel-Elkabbach. La Pravda affichait une claire préférence pour Giscard, que Mitterrand qualifiait de "petit télégraphiste" de Brejnev. On parlait déjà du financement des partis, et le responsable d'une "officine très confidentielle", un certain Patrick Devedjian, avouait au Quotidien de Paris :
En temps de campagne électorale, nous n'avons pas avantage à remuer ces affaires qui ont un relent de soufre.
Curieusement au regard de ce qui a suivi, la campagne électorale ne passionnait pas les foules : "La France bâille", titrait Le Point. Certes, les candidats de second rang cherchaient à se différencier : Jacques Chirac prônait une "régulation automatique naturelle" de l'économie (Hayek, sans le style ?). Georges Marchais se présentait comme le "candidat anti-chômage". Et il y avait bien sûr Coluche, dont l'élégant slogan "avec moi pour leur foutre au cul" avait rallié 10% des Français avant qu'il ne se retire.
Le Figaro prévoyait en cas de victoire de Mitterrand "d'importants dégâts" économiques :
Le résultat d'une telle politique ne sera pas long à attendre, un retour en force de l'inflation, une chute de la monnaie, et, au bout du compte, une aggravation du chômage.
Pour calmer ces inquiétudes, le candidat Mitterrand réunissait "deux cent experts de l'économie" favorables à son programme au Sénat. C'est triste à dire, mais c'est le Figaro qui a eu raison. Il est vrai que les tracts de l'UDF allaient un peu plus loin en menaçant la France d'une "inflation à trois chiffres".
Comme chacun sait, le deuxième tour vit une explosion de passions contrastées ; mais je ne me souvenais pas du niveau d'emphase atteint dans les deux camps. Jean d'Ormesson, le Grand Ecrivain du Figaro, appelait à un sursaut aux législatives de juin :
En dehors de toute affiliation partisane (sic), je lance, à tous les Français et à toutes les Françaises---y compris peut-être des sociaux-démocrates---qui refusent le péril mortel du totalitarisme marxiste, un appel angoissé mais confiant à une mobilisation générale.
Jacques Fauvet, directeur du Monde, employait des termes qui laissent un peu rêveur aujourd'hui :
Cette victoire, c'est enfin celle du respect sur le dédain, du réalisme sur l'illusion, de la franchise sur l'artifice, bref, celle d'une certaine morale.
Mitterrand a dû bien rire. Les boursiers, eux, étaient en proie à la panique : les cotations durent être suspendues le lundi 11 mai, les ordres de vente ne trouvant plus de contrepartie. Libération racontait que les immigrés indochinois de la porte de Choisy cherchaient à se procurer des dollars, le franc n'étant plus sûr (on peut en sourire maintenant, mais il y eut bien trois dévaluations en deux ans). Le slogan de la gauche était "changer la vie" : plus jamais en France on ne reverrait le taux désespérant de 7% de chômeurs...
En lisant cette brochure, une chose me frappe : ce qui a vraiment coulé VGE, c'est d'avoir trop ressemblé (on me pardonnera l'anticipation) à Alain Juppé. La fameuse fin de non-recevoir opposée aux journalistes dans l'affaire des diamants reçus de Bokassa rappelle ainsi furieusement le "droit dans mes bottes" de Juppé :
La relance des polémiques sur ce point, outre ce qu'elle aurait de tendancieux, placerait la campagne présidentielle à un niveau indigne.
Jacques Chirac a bien compris la leçon : à la supériorité hautaine affichée par Juppé et VGE, il a substitué (après divers essais de métamorphoses) le président-popu, muni en guise de viatique électoral de tous les défauts du Français moyen. A ce stade, il semble possible que la recette réussisse encore en 2007.
08 avril 2005 dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Mary Wollstonecraft est peut-être moins connue en France que sa fille, qui épousa Shelley et écrivit Frankenstein en 1817. Mais la mère fut aussi un écrivain très important. Son livre le plus connu est A Vindication of the Rights of Woman (en français : Défense des droits de la femme), qu'elle publia en 1792, sept ans avant de mourir prématurément à l'âge de trente-huit ans.
Son expérience d'éducatrice avait persuadé Mary Wollstonecraft que l'éducation très ciblée que l'on donnait aux filles à l'époque avait essentiellement pour objet d'en faire des créatures ornementales, soumises, et contentes de leur sort. Plus intéressant est ce qu'on voit s'esquisser dans les pages de son livre, un véritable modèle de l'oppression masculine. Il part de deux faits qu'elle prend comme données :
Le premier fait est incontestable ; le second est plus discutable (et nombre de féministes l'ont nié, pensant sans doute que la libido est un attribut indispensable à la dignité humaine---encore un legs néfaste de Freud). Les enquêtes, comme la composition du public des films pornographiques, montrent clairement que les femmes affirment moins leur libido, mais il est plus difficile de déterminer si c'est par timidité ou par essence. En tout cas, Wollstonecraft (qui eut elle-même plusieurs amants) n'avait aucun doute là-dessus :
For I will venture to assert, that all the causes of female weakness, as well as depravity, which I have already enlarged on, branch out of one grand cause---want of chastity in men.
Si on admet ces deux faits, il faut noter aussi qu'ils se renforcent l'un l'autre : si les femmes ne peuvent pas maîtriser leur fécondité, les grossesses résultant de l'accomplissement de ses désirs par l'homme rendent la femme encore plus vulnérable. Tout ceci contribue pour Wollstonecraft à établir les conditions d'un marché implicite par lequel la femme accorde ses faveurs sexuelles à l'homme en échange de sa protection (dans les sociétés primitives) ou de son entretien économique (aux temps ou lieux où les femmes ne disposaient pas d'un travail rémunéré indépendant, ce qui n'est pas si lointain en France : ma mère a dû montrer une autorisation de mon père pour ouvrir un compte bancaire).
Tout le reste en découle, et notamment la forme particulière de l'éducation donné aux femmes, qui en fait des animaux frivoles et renforce l'idée qu'elles sont inférieures aux hommes :
Women then must be considered as the wanton solace of men, when they become so weak of mind and body that they cannot exert themselves unless to pursue some frothy pleasure, or to invent some frivolous fashion.
Comme on le voit, ce modèle n'est pas sans rappeler les théories beckeriennes en économie, ou la sociobiologie en théorie de l'évolution---deux approches qui ont horrifié une certaine gauche bien-pensante avant de s'imposer assez largement. Il est curieux de constater qu'elles avaient un précurseur en cette directrice d'école pour filles du XVIIIe siècle.
Pour finir, je signale également une nouvelle biographie de Wollstonecraft que je n'ai pas lue, mais dont The Economist dit le plus grand bien.
02 avril 2005 dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Le Monde a publié dans son édition du 30 mars un article qui rend compte des résultats d'une recherche d'Eric Maurin (directeur d'études à l'EHESS) et Sandra McNally (de la London School of Economics). Ces deux chercheurs étudient les devenirs des bacheliers de 1968, année où, pour citer l'article du Monde : "la simplification et la désorganisation des examens après la crise ont permis à un nombre important de jeunes d'intégrer l'Université, alors qu'ils n'y seraient jamais parvenus dans des conditions normales." Maurin et McNally montrent que "ces miraculés de Mai ont eu une carrière professionnelle et des revenus largement supérieurs à ce qu'ils pouvaient attendre. Et, près de quarante ans plus tard, il apparaît que leurs enfants ont moins redoublé à l'école."
Ces deux conclusions sont intéressantes ; mais, pour faire bref, je ne commenterai que la première, en présentant tout d'abord de manière rapide la démarche de la recherche de Maurin et McNally. Ils remarquent d'abord que le taux de réussite au bac en 1968 a été environ 30% plus élevé que les années environnantes. A l'époque, 10% des jeunes Français obtenaient le bac. L'abaissement de la barre a donc donné un coup de pouce à environ 3% (30% de 10%) des jeunes Français qui passaient le bac en 1968, soit, pour simplifier, ceux qui étaient nés en 1949. On observe par ailleurs dans les enquêtes récentes que les Français nés en 1949 ont plutôt mieux réussi que les autres, professionnellement parlant : par exemple, cette "cohorte" comprend nettement plus de cadres que les autres cohortes nées entre 1946 et 1952. Il semble donc justifié de les appeler "les miraculés de Mai 68", comme le fait Le Monde.
En fait, on peut utiliser les conséquences de Mai 68 comme une "expérience naturelle" qui permet d'estimer le "rendement de l'éducation supérieure", soit l'accroissement de salaire obtenu par un jeune qui passe une année supplémentaire à l'université. Pour prendre un exemple numérique simple, supposons qu'on observe que le salaire moyen de la cohorte 1949 est de 0,9% plus élevé que celui des cohortes proches. Nous savons que 3% des Français de la cohorte 1949 ont eu le bac grâce à Mai 68. Si par exemple ils ont passé en moyenne deux ans à l'université ensuite, on peut estimer le rendement de l'éducation supérieure (disons : le RES) à 0,9% divisé par 2 et par 3%, soit 15%. C'est ainsi que procèdent Maurin et McNally (avec plus de rigueur). Ils utilisent aussi une variante qui exploite le fait que les jeunes de la classe moyenne ont le plus bénéficié de ce coup de pouce de Mai 68. Les deux méthodes conduisent à des estimations similaires du RES : 14% et 17%.
Ces chiffres sont très élevés, s'agissant d'individus qui sont aux marges du système universitaire. Le prix Nobel 2000 Jim Heckman, professeur à l'Université de Chicago, a écrit de nombreux articles ces dix dernières années sur la possibilité d'utiliser le système éducatif pour réduire les inégalités aux Etats-Unis. Ses conclusions sont assez uniformément déprimantes :
Les chiffres donnés par Maurin et McNally sont relativement fragiles. C'est l'un des inconvénients de la méthode des expériences naturelles : elle est assez sensible aux fluctuations statistiques et il faut disposer de beaucoup d'observations pour pouvoir donner des chiffres fiables. Environ 900 000 enfants sont nés en 1949 ; 3%, soit 27 000, ont bénéficié de Mai 68 pour avoir le bac ; et l'Enquête Emploi qui sert à Maurin et McNally pour estimer les salaires de ces chanceux ne comprend (en gros) que 300 d'entre eux. Dans ces conditions, les RES sont estimés de manière trés imprécise : on peut simplement dire, par exemple, qu'il y a neuf chances sur dix qu'ils soient entre 7% et 27%, et ce même si les chiffres donnés selon les deux méthodes présentées sont assez proches. Les auteurs nous disent à cet égard que "The results are remarkably similar [...] Indeed, they are not statistically different", transformant le manque d'information en vertu statistique, ce qui est un peu paradoxal...
Malgré cette critique, les résultats de Maurin et McNally sont très suggestifs : il semble bien que Mai 68 ait effectivement été un coup de veine pour certains jeunes des classes moyennes qui ont obtenu un diplôme bon marché, ce qui n'est guère surprenant ; et que, ce qui est nettement plus important, le RES du bachelier marginal (celui qui était juste au niveau de la barre) ait été élevé en 1968. Ceci dit, que pouvons-nous faire de cette information ? Nous savons maintenant ce qu'une année d'université a rapporté à cette personne en termes de salaires futurs ; mais nous ignorons le niveau du salaire qu'il aurait pu percevoir en se portant sur le marché du travail, qui représente un sacrifice pour lui ; et surtout, nous ne connaissons pas les coûts que la collectivité a dû encourir pour lui offrir une éducation supérieure.
Pis encore, les auteurs n'ont estimé le RES du bachelier marginal qu'en 1968 (et ils ne pouvaient rien faire d'autre, compte tenu de la démarche adoptée). Mais nous sommes en 2005 ; il n'y avait que 100 000 nouveaux bacheliers en 1968, il y en a eu 500 000 en 2004 (250 000 si on ne compte que le bac général), alors même que la taille des cohortes récentes est plus faible. Le bachelier marginal de 1968 appartenait le plus souvent aux classes moyennes ; il est beaucoup plus probable que le bachelier marginal de 2005 provienne d'un milieu défavorisé, économiquement et culturellement. Cette recherche documente un fait dont je ne nie pas l'intérêt historique et anecdotique ; mais je ne vois pas bien comment on peut en tirer la moindre conclusion applicable à la France de 2005. Il est donc un peu tôt pour conclure, comme le font Maurin et McNally dans l'article du Monde, que "le fait que cet impact soit aussi particulièrement élevé et persistant à travers les générations est un argument de poids pour ceux qui aujourd'hui militent pour une expansion nouvelle de notre enseignement supérieur".
01 avril 2005 dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)