Les problèmes immobiliers de M. Gaymard posent, au-delà de son cas personnel peu défendable, la question de la rémunération du personnel politique en France. Celle-ci devrait être régie par deux principes : d'une part, elle devrait être transparente ; d'autre part, elle devrait être (juste) suffisante pour attirer vers la vie politique des hommes et des femmes qualifiés.
Dans de nombreux pays, le personnel politique n'a pas le droit d'accepter de cadeaux, et les rémunérations en nature sont exclues ou sévèrement réglementées. Chaque citoyen peut par ailleurs facilement vérifier que ces règles sont respectées (cinq minutes de recherche sur le Web m'ont suffi pour accéder au dossier de Tony Blair, par exemple). En France, les hommes politiques ont longtemps complété leur salaire, qu'ils jugeaient apparemment insuffisant, par des primes occultes. Le gouvernement Jospin ayant supprimé cette coutume, les ministres ont très logiquement bénéficié d'une forte augmentation de salaire en octobre 2002. Mais les ministres continuaient à se faire attribuer leur logement de fonction par les fonctionnaires placés sous leur autorité, et l'on suppose que les parlementaires ne sont pas prêts de renoncer à l'habitude qu'ils ont prise d'embaucher leur femme, mari, fils ou fille comme "assistants parlementaires".
Il est vrai que le salaire des ministres reste fixé à un niveau très faible, au regard de ceux des dirigeants d'entreprises de tailles comparables à celles des administrations qu'ils dirigent. Mais est-ce le bon critère ? La loi de l'offre et de la demande suggère que l'on ne devrait rendre la rémunération du personnel politique plus attractive que s'il y avait pénurie de candidats qualifiés ; mais on en semble loin. M. Sarkozy n'arrêterait pas de penser à l'Elysée en se rasant si le salaire du Président de la République devait baisser. L'expérience américaine nous offre d'ailleurs couramment l'exemple d'hommes comme Robert Rubin ; l'ancien patron de Goldman-Sachs a perdu plus de 90% de ses revenus en devenant secrétaire au Trésor de Bill Clinton. Les hommes politiques sont mus par des motivations qui ne sont pas seulement monétaires, fort heureusement.
Et pour finir, la phrase du jour : "Croyez que la cause réelle, la cause efficace qui fait perdre aux hommes le pouvoir, c'est qu'ils sont devenus indignes de le porter" disait Tocqueville à la Chambre des Députés peu avant la chute de la Monarchie de Juillet.
